« 9 avril 1838 » [source : BnF, Mss, NAF 16334, f. 26-27], transcr. Mathieu Chadebec, rév. Gérard Pouchain, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.1180, page consultée le 25 janvier 2026.
9 avril [1838], lundi matin, 11 h. ½
Bonjour mon bien-aimé, bonjour mon Toto. Je ne me plaindrai pas jusqu’au 15 avril, mais après je pousserai d’affreux cris si vous ne venez pas toutes les nuits. C’est aujourd’hui que vient Jourdain et comme je n’ai pas écrit ce que tu m’as dit hier je ne saurai rien lui assigner. Peut-être auras-tu le bon esprit de venir dans ce moment-là à moins que tu n’aies comité, visites, épreuves, etc., auquel cas j’aurais fait venir le Jourdain pour rien, ce qui sera assez bête. Il fait un temps ravissant ce matin. Je voudrais bien que tu puisses me donner un jour sûr de cette semaine pour aller voir mon père1. Je m’apprêterai pour y aller. Comme je me couche très tard, je ne peux me lever de bonne heure que si je suis sûre que tu viendras me chercher pour y aller. Tu serais donc bien gentil de me donner un jour pour cela et de ne pas me manquer. Mon Toto chéri, je t’aime. Mon cher petit Toto, je t’adore. Vous étiez [menin ?] beau hier. J’aurais voulu vous porter dans mes bras et faire courir vos chers petits pieds sur ma poitrine et sur ma bouche. Mais si vous êtes très beau vous êtes aussi très méchant et on ne peut pas venir à bout de vous, ce qui est cause que je ne fais jamais de vous ce que je veux. Je t’adore cependant.
Juliette
1 C’est ainsi que Juliette Drouet désigne son oncle René-Henry Drouet.
« 9 avril 1838 » [source : BnF, Mss, NAF 16334, f. 28-29], transcr. Mathieu Chadebec, rév. Gérard Pouchain, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.1180, page consultée le 25 janvier 2026.
Qui paye ses dettes s’enrichit, dit le proverbe, et le proverbe cette fois a raison, car jamais je n’ai le cœur plus riche et plus plein de mon amour que lorsque je t’ai donné toute mon âme, toutes mes pensées, toutes mes caresses. Plus je t’en donne et plus il m’en reste. Et par un retour sur ta manière d’être avec la mienne je crois que moins tu me donnes d’amour et moins tu en as, ce qui n’est que trop logique et trop prouvé depuis quelque temps. Mon pauvre adoré, je ne voudrais pas te dire de choses tristes mais de quelque côté que je me retourne je sens quelque chose qui me blesse. Si je parle de mon amour si tendre et si vif, je pense au tien si froid et problématique. Si je regarde dans mon cœur ta jolie petite figure et si je me compare à toi, je suis comme une pauvre crapaude qui se mirerait dans le ruisseau et qui se ferait peur à elle-même. J’ai honte de ma stupidité et je hais toute ma vieille et rechignée figure. Enfin je ne suis pas gaie ni n’ai sujet de l’être car je t’aime trop et toi pas assez.
Juliette
« 9 avril 1838 » [source : BnF, Mss, NAF 16334, f. 30-31], transcr. Mathieu Chadebec, rév. Gérard Pouchain, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.1180, page consultée le 25 janvier 2026.
Mon Victor bien-aimé, tu as été bien bon et bien charmant tantôt et c’était bien fait car tu m’avais fait bien mal sans le vouloir. Mon adoré petit homme, tu ne peux pas savoir comment je t’aime et combien je t’aime. Tout ce qui peut menacer la sécurité de notre amour me trouble et m’inquiète au-delà de toute expression, mais tu m’aimes, n’est-ce pas mon adoré ? et tu m’es bien fidèle par pensée et par action, n’est-ce pas mon Toto ? Aussi je vais être bien tranquille et bien patiente jusqu’à ce que je te revoie. C’est bien beau de ma part et il est probable, si je suis sincère, que je n’aurai pas fait ce soir la moitié de ce que je te promets. Mais aussi comme compensation je t’aurai aimé de toutes mes forces et de toute mon âme, et quand tu viendras me chercher j’aurai un petit tas de baisers, de caresses et d’amour à te donner plein tes yeux, plein ta bouche et plein tes poches. Journono, jour mon petit o, jour, onjour. Je t’adore.
Juliette
a « soir » est rayé.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle est engagée au Théâtre de la Renaissance, où le rôle de la Reine dans Ruy Blas, écrit pour elle, lui échappe.
- Janvier-févrierReprise d’Hernani à la Comédie-Française (les 20, 23, 25, 27, 29 et 31 janvier et les 6, 9, 12, 18, 21, 23 février).
- MarsReprise de Marion de Lorme à la Comédie-Française (les 8, 10, 12, 15, 17, 20).
- 25 marsReprise d’Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française, toujours avec Mlle Noblet, mais avec Mlle Rabut dans le rôle de Catarina. Dans cette distribution, la pièce est jouée les 7, 11, 14 et 19 août 1838, le 2 septembre 1838, les 7 et 15 février, le 6 mars et le 6 mai 1839, puis encore une fois le 2 décembre 1841.
- MaiAnténor Joly, directeur du Théâtre de la Renaissance, engage Juliette Drouet.
- 12 aoûtHugo lit Ruy Blas achevé à Juliette.
- 18-28 aoûtVoyage avec Hugo en Champagne. Le 19 août, Adèle Hugo adresse une lettre à Anténor Joly pour le dissuader de confier le rôle de la Reine à Juliette Drouet.
- 8 novembrePremière de Ruy Blas au Théâtre de la Renaissance. Louise Beaudoin joue le rôle de la Reine.
