« 17 octobre 1862 » [source : BNF, Mss, NAF 16383, f. 213], transcr. Camille Guicheteau, rév. Guy Rosa, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.6936, page consultée le 24 janvier 2026.
Guernesey, 17 octobre 1862, vendredi matin, 8 h. ½
Bonjour, mon doux adoré, bonjour de mon lit où je suis retenue par un petit
dérangement d’entrailles. Mais cela ne sera rien car je compte me soigner tambour
battant, mèche allumée, pour être vaillante à mon cidre demain.
J’ai déjà un
cataplasme bouillant sur le ventre, des têtes de pavots qui cuisent et de l’eau de
riz
qui se fait, ce sera bien le diable, la diète aidant, si je ne viens pas à bout de
ce
bobo piteux. J’ai du reste un beau et terrible spectacle sous les yeux. La mer irritée
qui se cabre sous le vent. Pourvu qu’il n’arrive aucun désastre aujourd’hui, je ne
regretterai pas l’espèce de plaisir angoissé que je prends par les yeux ce matin.
Je
pense avec pitié en ce moment à tes pauvres petits oiseaux dont une des fenêtres est
restée ouverte toute la nuit ; pauvres petites bêtes, comme elles ont dû souffrir
et
comme elles souffrent encore ! Je ne parle pas du dégât plus ou moins patent que cela
fait dans tes salons. À propos de salons, j’ai vu le salon bleu et la serre en pleine
illumination hier et un grand va-et-vient, ce qui ne m’a pas étonnée puisque vous
aviez grande réception. J’espère que toute cette agitation et tout ce plaisir ne t’ont
point empêché de dormir toute la nuit et je t’en félicite en t’aimant de toute mon
âme.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle se délecte du succès public des Misérables.
- 10 marsPremier dîner des enfants pauvres.
- 3 avrilParution de la première partie des Misérables.
- 28 juillet-26 septembreVoyage au Luxembourg et sur les bords du Rhin
