« 18 juillet 1860 » [source : BnF, Mss, NAF 16381, f. 188], transcr. Amandine Chambard, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10800, page consultée le 24 janvier 2026.
Guernesey, 18 juillet 1860, mercredi matin, 7 h.
Bonjour, mon cher bien-aimé, bonjour, toutes voiles dehors, cœur et âme aussi.
Comment vas-tu ce matin ? J’ai vu en me levant que tu avais déjà ouvert tes fenêtres
ce qui, j’espère, est un bon signe. Quant à moi, je me suis levée avant six heures
après une très bonne nuit dont je me vante. Le temps paraît devoir être très beau
aujourd’hui ce que je tiens à constater pour la rareté du fait et pour ne pas
désorienter ma RESTITUS qui ne saurait plus où
elle en est si elle n’avait plus son petit Dada habituel qui va au petit trop de la
pluie au beau temps et réciproquement du beau temps à la pluie en s’arrêtant aux
relais de froid, vent, tempête et autres LIEUX COMMUNS sans arriver jamais à l’étage
ESPRIT. A l’impossible nul n’est tenu. Tout ce que je peux faire c’est de vous aimer
à
tire d’âme et je le fais en conscience je vous assure.
Je suis très contente que
tu aies pu négocier mon stupide marché1, mon cher petit homme, reste à savoir maintenant si le susdit
brocanteur Marquand tiendra sa parole car il
est sujet à caution en affaires. Quant à moi je ne ferai aucune observation puisque
cela te déplaît, en supposant que son caprice se produise encore cette fois. Telle
est
ma lâcheté que je préfère garder un silence à garant (1) que de protester en temps
utile contre des choses qui m’ennuient plutôt que de te DESOBEIR un tant soita peu. Si cela n’est pas bien courageux
c’est toujours très tendre et c’est pour cela que je le fais, parce que je vous
adore.
Juliette
(1) ET COUPABLE
n. d. t.2
1 La veille, Juliette se plaint auprès de Hugo d’avoir dépensé « quinze francs de calamités » au marché avec M. Marquand.
2 Abréviation pour « note du traducteur ».
a « soi ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
Hugo se replonge dans son manuscrit des Misérables. Juliette attend impatiemment qu’il lui donne à copier.
- 12 juinElle part à Jersey, où Hugo la rejoint le surlendemain, pour un meeting de soutien à Garibaldi.
- 19 juinRetour à Guernesey.
- 30 décembreHugo se remet aux Misérables.
