24 novembre 1852

« 24 novembre 1852 » [source : BnF, Mss, NAF 16372, f. 195-196], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.8762, page consultée le 01 mai 2026.

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Bonjour, mon cher petit bien-aimé, bonjour, mon grand Toto, bonjour, malgré vent marais1 et rhumatisme, bonjour. Me voilà sur pied tant bien que mal, mais j’espère être tout à fait guérie pour tantôt. Telle est ma grandeur. Je ne sais pas si tu as pu dormir cette nuit. Quant à moi cela m’a été tout à fait impossible car on aurait dit que l’ouragan tout entier était concentré dans ma chambre. Je n’ai jamais entendu une plus formidable bacchanale mais si variée dans ses vociférations, si consciencieusement furibonde que, loin de me plaindre de ce hourvaria infernal, je l’en remercie car il m’a aidée à supporter mon insomnie sans ennui et sans grande souffrance. Mais j’ai bien peur, mon pauvre adoré, que ce qui a été une distraction pour moi n’ait été une fatigue pour toi. C’est beaucoup trop, même pour ta forte et sublime nature, d’avoir la tempête au-dedans de toi et au-dehors de toi. Aussi, mon pauvre grand adoré, j’aurais voulu pouvoir imposer silence à toutes ces voix furieuses et retenir tous ces bruits violents pour ménager ton repos si nécessaire à ta santé c’est-à-dire à ma vie. Pauvre, pauvre grand bien-aimé, je suis toute troublée quand je pense à l’œuvre immense et surhumaine que tu as entreprise je crains toujours que tes forces ne trahissent ton courage sublime et divin. Aussi je m’inquiète de tout ce qui peut les affaiblir et les diminuer. Mon Victor adoré, avec quelle joie je donnerais ma vie [pour toi ?].

Juliette


Notes

1 La faute est volontaire.

Notes manuscriptologiques

a « ourvari ».


« 24 novembre 1852 » [source : BnF, Mss, NAF 16372, f. 197-198], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.8762, page consultée le 01 mai 2026.

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Quelle bonté, mon pauvre bien-aimé, venir par ce temps affreux au risque de t’enrhumer et de te rendre toi-même malade. Si je pouvais t’en aimer plus ce me serait une bonne et bien douce occasion mais je t’ai donné tout mon cœur le premier jour où je t’ai vu. Aussi, depuis ce temps, mon amour qui n’a pas diminué n’a pas pu augmenter non plus quelles qu’aienta été les circonstances heureuses ou malheureuses qui se soient produites.
J’ai Dieu merci beaucoup mieux à faire que de lire le journal jersiais et de me coucher et je me fiche de vous de toute la grandeur de mon bonheur. Cela vous apprendra à me traiter comme une huître ou comme une marmotte. Mais en attendant je vais copire un peu dru pour vous forcer à m’apporter bien vite d’autre besogne à mon goût. Mais prenez garde que je ne m’immisceb plus avant dans vos travaux daguérréotypiques1 et que je ne vous surprennec en flagrant délit de stéréoscope criminel. Je suis sur la trace de vos crimes, prenez garde à vous et taisez-vous par pudeur et par prudence car je suis plus que jamais Juju.

Juliette


Notes

1 D’après le journal d’Adèle, à la date du 22 novembre 1852 la pratique du daguerréotype est déjà régulière dans le clan Hugo.

Notes manuscriptologiques

a « quelqu’ait été ».

b « imisce ».

c « surprène ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle accompagne Hugo en exil, en Belgique d’abord, à Jersey ensuite.

  • 5 janvierHugo s’installe au 16 de la Grand’Place à Bruxelles. Juliette habite chez ses amis Luthereau, galerie des Princes, 11 bis passage Saint-Hubert.
  • 1er févrierHugo s’installe au 27 de la Grand’Place.
    Charles, puis François Victor, rejoignent leur père.
  • 19 avrilMenacé d’expulsion, Hugo prend la décision de s’exiler à Jersey.
  • 8-9 juinVente du mobilier parisien de Hugo.
  • 31 juilletLa femme de Hugo, sa fille et Auguste Vacquerie arrivent à Jersey.
  • 1er aoûtEmbarquement à Anvers de Hugo, son fils Charles et Juliette Drouet, pour Jersey, via Londres.
  • 5 aoûtNapoléon-le-Petit publié à Bruxelles. Hugo, accompagné de son fils Charles et de Juliette, arrive en exil à Jersey.
  • 5 aoûtJuliette Drouet loge à l’hôtel du Commerce, puis à Nelson Hall, puis à l’Inn Richland, au Hâvre-des-Pas.
  • 16 aoûtHugo s’installe à Marine-Terrace avec les siens.