« 22 novembre 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16328, f. 162-163], transcr. Claudia Cardona, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10140, page consultée le 25 janvier 2026.
22 novembre [1836], mardi, midi ¾
Bonjour, mon petit bien-aimé. Je suis bien bonne et bien repentante ce matin de toute ma méchanceté d’hier soir. Seulement je me sens
fatiguée et courbaturée par l’affreux mal de tête que j’ai eu toute la nuit, mais
qui
s’est un dissipé ce matin.
Nous voici dans un fameux embarras. Mme Guérard vient
d’envoyer chez moi pour me dire qu’elle acceptait la loge
pour ce soir au Théâtre Français, et qu’elle s’était dégagée
avec le Vaudeville. Comme je reposais je n’ai pas pu parler
à sa femme de chambre, mais d’ailleurs je ne comprends pas qu’elle se soit cruea si sûre de son affaire après ce que toi et
moi lui avons dit hier. Si tu venais assez tôt pour décider cette question d’une façon
ou d’une autre, j’en profiterai pour te baiser depuis tes petits pieds jusqu’à tes
imperceptibles mains.
J’ai envoyé chercher mon manteau. Il est ADMIRABLE ! Si
vous veniez déjeuner ce serait charmant. Mais
vous ne serez pas si bien avisé, il n’y a pas de danger. Donc je vais grignoter mon
déjeuner toute seule, c’est bien amusant.
Allez vilain, je vous aime pour vous
punir et je vous baise pour vous attraper.
Juliette
a « cru ».
« 22 novembre 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16328, f. 164-165], transcr. Claudia Cardona, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10140, page consultée le 25 janvier 2026.
22 novembre [1836], mardi soir, 5 h. ¼
Mon cher petit homme, vous me délaissez toujours. Ça n’est pas bien, surtout les
jours où je suis pleine de patience et de résignation, vous devriez me récompenser
pour m’encourager. Je ne pense pas que vous soyez sorti aujourd’hui, car il faut un
temps effroyable.
Je suis très vexée de ce qui arrive avec Mme Guérard. Non
pas pour moi, mais pour elle qui a eu l’étourderie de lâcher un vaudeville certain pour une comédie nébuleuse ; ce
n’est pas ta faute ni la mienne, mais ça ne lui en sera pas moins désagréable. Je
vais
lui écrire pour la consoler en lui promettant 3 premières
loges à l’opéra1.
Vous pouvez vous vanter d’être aimé de moi. Vous
pouvez vous vanter de me prendre à vous tout seul toutes mes pensées, toutes mes
actions et toute ma vie. Je ne trouverais pas cela exorbitant si en échange vous me
donniez un peu de votre temps et beaucoup de votre amour, mais c’est qu’il n’en est
rien, vous le savez bien. Aussi je rage quand je ne pleure pas.
Aujourd’hui je me
retiens, je n’ose pas risquer ma pauvre tête tous les jours, elle finirait par y
rester tout à fait, ce qui vous dispenserait de faire semblant de m’aimer un peu et
c’est que je ne veux pas.
J.
1 La Esmeralda, opéra de Louise Bertin sur un livret de Victor Hugo, a été créé à l’Opéra le 14 novembre 1836.
« 22 novembre 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16328, f. 166], transcr. Claudia Cardona, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10140, page consultée le 25 janvier 2026.
22 novembre [1836], mardi soir, 5 h. ½
Celle-ci (de lettre) est pour vous remplacer la méchante d’hier que vous aviez
cependant bien mérité, convenez-en. Il faut même que je sois d’une fameuse pâte pour
ne pas vous en écrire une ATROCE CE SOIR, mais je suis GÉNÉREUSE, MOI et je vais vous
le prouver.
Je t’aime mon petit Toto chéri, je ne t’ai jamais plus aimé qu’à
présent je suis [Le reste de la lettre est complètement
effacé.]
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle refuse un engagement à la Porte-Saint-Antoine. Hugo l’emmène en voyage en Normandie et en Bretagne, où elle revoit Fougères, sa ville natale.
- JanvierElle refuse un engagement au Théâtre de la Porte-Saint-Antoine.
- 8 marsElle emménage au 14 rue Sainte-Anastase.
- 23 marsHugo donne une mèche de ses cheveux à Juliette.
- 26 marsReprise d’Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française. Marie Dorval joue la Tisbe, Mlle Volnys joue Catarina.
- 15 juin-21 juilletVoyage avec Hugo en Normandie. Le 22 juin, étape à Fougères où elle n’était pas revenue depuis l’enfance.
- 14 novembreLa Esmeralda à l’Opéra (musique de Louise Bertin, fille de Bertin aîné, sur un livret de Hugo).
- 8 décembreMort en bas âge de son neveu Michel-Ernest Koch.
