« 11 novembre 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16328, f. 120-121], transcr. Claudia Cardona, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10129, page consultée le 06 août 2026.
11 novembre [1836], vendredi matin, 8 h. 1/4
Bonjour, cher bien aimé, je suis levée depuis une demi-heure environ, quoique je me
sois endormie encore plus d’une heure après ton départ cette nuit. Aussi j’ai un
frisson et un malaise qui ne sont pas d’un bon augure pour le reste de la journée.
Il
fait un temps exécrable, ce qui redouble l’ennui d’avoir de [sales ?]
ouvriers chez soi.
Mon cher adoré, je ne t’écrirai pas une autre lettre tout de
suite parce que la bonne est à la halle et que c’est ma dernière feuille de papier.
Mais tu ne perdras rien pour attendre. Je te dirai tant de si bonnes et de si
douces choses, que tu auras la patience d’attendre la suivante.
D’abord je
t’aime, après je te chéris et encore après je t’adore. Ce qui est cause que je t’aime
de toute mon âme.
Pourvu que tu n’aies pas eu froid cette nuit et que tu n’aies
pas fait de mauvaise rencontre. C’est vraiment imprudent dans les deux cas de
travailler si tard et de se promener si tôt dans les rues.
Si vous m’en croyez,
vous vous coucheriez tous les soirs avec moi depuis 6 h. du soir jusqu’à midi. Ça
serait très bon et très bien [illis.].
J.
« 11 novembre 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16328, f. 122-123], transcr. Claudia Cardona, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10129, page consultée le 06 août 2026.
11 novembre [1836], 6 h. ¾, vendredi soir
Mon cher petit bijou, je vous ai raconté ce matin comme quoi je n’avais pas assez
de
papier pour vous écrire. Depuis les ouvriers m’en ont empêchée. Maintenant que je
suis
libre, je vais fondre sur vous comme la foudre, je vais vous écraser d’un amour trop
longtemps contenu. GARE À VOUS.
D’abord, vous saurez que je vous aime comme si je n’avais que cela à faire, que
je pense à vous comme s’il n’y avait que vous au monde, enfin vous saurez aussi que
je
n’ai de joie qu’en vous, comme s’il n’existait rien dans le monde qui pût vous être
comparé soit en plaisir soit en bonheur.
Et puis pour couronnement à une aussi belle passion, vous saurez encore que vous me rendez
bête comme une oie, comme si cela pouvait ajouter quelque chose à mes autres
agréments. Tout ceci une fois posé, je n’ai guère de nouveautés intéressantes à vous
apprendre, si ce n’est que mes cheminées fument en chœur, ce
qui me fait pleurer mais c’est comme si je chantais. Demain les fumistes reviennent
pour l’autre du cabinet de toilette. J’espère bien qu’après ce dernier arrangement
nous pourrons pendre nos jambons au plancher, ce qui nous évitera la peine de les
faire venir de Mayence, considération infiniment économique et qui me fera jeter feu
et flamme par la fenêtre. J’ai une lettre de Mme Krafft.
J.
« 11 novembre 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16328, f. 124-125], transcr. Claudia Cardona, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10129, page consultée le 06 août 2026.
11 novembre [1836], vendredi soir, 7 h.
Il paraît qu’il n’y a que moi au monde pour tenir fidèlement mes promesses. Quant
à
vous, vous trouvez cela trop luxueux pour en faire usage communément. Que diriez-vous,
mon cher petit homme, si je vous imitais, hein ?
Que
diriez-vous si je restais tous les jours 48 heures sans vous
voir sous prétexte que Mlle S. c’est-à-dire M. tel ou tel a besoin de ma protection pour faire respecter
sa pudeur attaquée ? Que diriez-vous ? Afin que me je me
règle d’après vous sur la manière d’envisager et de traiter LA
TRAHISON, car vos absences ne cachent rien moins que ça.
Toto, Toto vous
courez plus d’un danger, je vous en avertis. Je vous conseille de faire semblant de
m’aimer de toutes vos forces si vous voulez échapper à mon juste courroux.
En attendant je prie Dieu qu’il vous ramène le plus vite possible et je vous
aime armée de TOUTES PIÈCES, ce qui faita que je vous porte les armes.
Juliette
a « fais ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle refuse un engagement à la Porte-Saint-Antoine. Hugo l’emmène en voyage en Normandie et en Bretagne, où elle revoit Fougères, sa ville natale.
- JanvierElle refuse un engagement au Théâtre de la Porte-Saint-Antoine.
- 8 marsElle emménage au 14 rue Sainte-Anastase.
- 23 marsHugo donne une mèche de ses cheveux à Juliette.
- 26 marsReprise d’Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française. Marie Dorval joue la Tisbe, Mlle Volnys joue Catarina.
- 15 juin-21 juilletVoyage avec Hugo en Normandie. Le 22 juin, étape à Fougères où elle n’était pas revenue depuis l’enfance.
- 14 novembreLa Esmeralda à l’Opéra (musique de Louise Bertin, fille de Bertin aîné, sur un livret de Hugo).
- 8 décembreMort en bas âge de son neveu Michel-Ernest Koch.
