« 8 novembre 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16328, f. 102-103], transcr. Claudia Cardona, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10126, page consultée le 04 mai 2026.
8 novembre [1836], mardi midi, 10 h.
Cher adoré, c’est pour vous rabibocher des douze ou quinze lettres que je vous ai
brûlées hier que je vous écris celle-ci en plus. Ne les regrettez pas, mon amour,
je
vous mettrai dans cette seule lettre tout ce que contenaient les autres1.
Je t’aime mon Victor bien aimé, je t’aime bien. C’est
aussi ce que je te disais dans les pauvrettes incendiées.
C’est ce que je te dirai jusqu’à la mort, quoi qu’il arrive, car je sens bien que
je t’aime pour toute ma vie. Il est tard, peut-être ne viendras-tu pas déjeuner. Ce
serait une punition ajoutée au chagrin d’hier. Je le supporterai comme telle, mais
je
n’en serai que plus triste encore.
Aime-moi, mon pauvre ange, aime-moi, pour
tout le mal que je te fais, pour tous les sacrifices que je t’impose. Sois sûr que
si
je t’aimais moins, je serais beaucoup plus charmante, et que si je ne t’aimais pas,
je
n’accepterais pas ton sang, ta vie et ton repos comme je le fais.
À bientôt si
tu peux. J’ai bien besoin de me faire pardonner.
Juliette
1 Il est déjà arrivé par le passé que Juliette, dans un accès de colère ou de désespoir, brûle ses lettres en souffrance ou celles que Victor Hugo lui a adressées.
« 8 novembre 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16328, f. 104-105], transcr. Claudia Cardona, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10126, page consultée le 04 mai 2026.
8 novembre [1836], mardi après-midi, 4 h.
Cher bien-aimé, vous voyez que je ne demande pas mieux que de vous remplacer toutes
vos lettres, au train dont je vais. C’est moi qui me porte compagnie d’assurance en cette occasion, quoique je ne sois pas le Phénix, mais bien la Salamandre,
attendu que je vis très bien dans un foyer d’amour.
Je suis atrocement
contrariée que ce hideux M….1 t’ait empêché de rester avec moi,
et tout cela pour rien, puisqu’il n’a pas encore envoyé chez moi et qu’il est probable
qu’il n’enverra pas, que le diable l’emporte avec toutes sortes de malédictions.
Mon cher petit homme, il est clair comme le jour, en supposant que nous sommes en
été, que vous ne m’aimez plus parce que si vous m’aimiez, vous
me trouveriez très jeune, très spirituelle très jolie et ne sentant que l’amour que je prisea plus que ma vie. Maintenant que je vous ai
démontré la vérité de mon assertion, que voulez-vous que je vous fasse, hein ? Faut-il
vous tuer ? Non, vous mutiler ? OUI !
Je repasse mon couteau pour m’en servir
quand vous passerez.
En attendant je vous baise humblement le bout de vos grosses BAUTTES et suis pour la vie votre féroce Juju.
a Augmentation progressive du nombre de soulignements : « jeune » souligné une fois, « spirituelle » deux fois, et ainsi de suite jusqu’à « prise » souligné cinq fois.
« 8 novembre 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16328, f. 106-107], transcr. Claudia Cardona, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10126, page consultée le 04 mai 2026.
8 novembre [1836], mardi soir, 4 h. ¼
Il fait hideusement froid, je ne veux allumer de feu que lorsque tout sera fini dans
ma maison, pour ne pas faire un double emploi inutile. Je vous prie néanmoins, mon
cher petit homme, de croire que je ne grelotte qu’à l’extérieur et que mon cœur est
aussi chaud que mes pieds sont froids, et je vous réponds que la comparaison n’est
pas
hors de saison.
Ha ! ça, parlons peu et parlons bien, je vous aime. Quand je
vous le dirais autant de fois qu’il y a des grains de sable dans la mer et d’imbéciles
sur la terre, je ne serais pas encore au bout de mon rouleau, attendu que j’ai plus
d’amour qu’aucune parole ni qu’aucun chiffre ne pourrait désigner.
Si vous êtes
très gentil, mon petit homme bien aimé, vous tâcherez de venir dîner avec moi, vous me ferez sortir un peu car vraiment je commence
à croire qu’il me pousse des champignons dans la tête, ce qui accommode trop bien ma cervelle.
Vous voilà, je suis bien aise. Je vous
baise mille fois des yeux.
J.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle refuse un engagement à la Porte-Saint-Antoine. Hugo l’emmène en voyage en Normandie et en Bretagne, où elle revoit Fougères, sa ville natale.
- JanvierElle refuse un engagement au Théâtre de la Porte-Saint-Antoine.
- 8 marsElle emménage au 14 rue Sainte-Anastase.
- 23 marsHugo donne une mèche de ses cheveux à Juliette.
- 26 marsReprise d’Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française. Marie Dorval joue la Tisbe, Mlle Volnys joue Catarina.
- 15 juin-21 juilletVoyage avec Hugo en Normandie. Le 22 juin, étape à Fougères où elle n’était pas revenue depuis l’enfance.
- 14 novembreLa Esmeralda à l’Opéra (musique de Louise Bertin, fille de Bertin aîné, sur un livret de Hugo).
- 8 décembreMort en bas âge de son neveu Michel-Ernest Koch.
