« 28 octobre 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16328, f. 86-87], transcr. Claudia Cardona, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10092, page consultée le 25 janvier 2026.
28 octobre [1836], vendredi matin, 9 h. ½
Bonjour, je vous souhaite d’avoir le nez rouge, les lèvres
violettes et les oreilles coquelicot, pour vous apprendre à courir les champs de ce temps-ci.
Au
reste j’ai un rendez-vous ce matin, tant pis pour vous si je
succombe. J’ai reçu hier une lettre apportée par un clerc de Manière, dans laquelle il nous
mandait que son travail ne pourrait être fait que pour demain (aujourd’hui). Il
nous l’apporterait à dix heures. Voilà comment je suis
exposée sans le vouloir, à la séduction du chapeau gris du sieur Manière.
RENDEZ-VOUS ! C’est bien fait.
Je trouve qu’il fait bien froid pour vous aimer,
encore si vous m’aviez tenu chaud toute la nuit, ça serait plus possible, Mais non,
vous aimez mieux courir la cocotte des bois, grand bien vous
passe, [mais ?] vous ne jouerez pas de ma flûte ni d’aucun instrument
de concert avec moi.
Ah ! ça, bêtises, sottises, rancune, jalousie et rage à
part, il est nécessaire que vous reveniez aujourd’hui très tôt, sous peine de me voir,
ou de ne me voir plus parce que je serai changée en neige de Sibérie ou en glaçon
de
la Bérésina qu’il faudrait faire fondre pour me retrouver dessous avec deux cents
mille voies d’amour à l’état de charbons ardents.
Juliette
« 28 octobre 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16328, f. 88-89], transcr. Claudia Cardona, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10092, page consultée le 25 janvier 2026.
28 octobre [1836], vendredi soir, 6 h. ½
Que je suis heureuse, mon cher adoré, que tu sois revenu ce soir. Maintenant je
voudrais t’avoir là pour te réchauffer, te sécher et te caresser. Pauvre petit homme
chéri vous êtes aimé, vous êtes un grand Toto.
J’espère que M. Joly n’aura rien de mauvais à t’apprendre. Dans tous
les cas mon cher bien aimé, il vaut mieux une mauvaise certitude qu’un vague absurde
dans lequel on se morfond sans savoir au juste où on en est.
Je suis très
contente d’avoir mes papiers en règle, nous en sommes quitte encore pour cette affaire
pour la peur.
Pauvre petit cheminée, je n’ai pas eu le
temps à peine de vous voir. Vous vous êtes évanoui comme un songe, et n’était le gros
tas de journaux que vous avez déposé sur LAISSE LE CHAT1, je croirais que j’ai rêvé.
Pauvre petit homme c’est d’autant
plus charmant à moi de bêtifier
que j’ai un affreux mal de tête et un froid de chien aux pieds. Je vais allumer
le plus de feu possible pour me réchauffer. Venez donc en prendre votre part, vous
serez bien gentil.
Juliette
1 À élucider (Juliette emploie cette expression depuis quelques jours).
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle refuse un engagement à la Porte-Saint-Antoine. Hugo l’emmène en voyage en Normandie et en Bretagne, où elle revoit Fougères, sa ville natale.
- JanvierElle refuse un engagement au Théâtre de la Porte-Saint-Antoine.
- 8 marsElle emménage au 14 rue Sainte-Anastase.
- 23 marsHugo donne une mèche de ses cheveux à Juliette.
- 26 marsReprise d’Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française. Marie Dorval joue la Tisbe, Mlle Volnys joue Catarina.
- 15 juin-21 juilletVoyage avec Hugo en Normandie. Le 22 juin, étape à Fougères où elle n’était pas revenue depuis l’enfance.
- 14 novembreLa Esmeralda à l’Opéra (musique de Louise Bertin, fille de Bertin aîné, sur un livret de Hugo).
- 8 décembreMort en bas âge de son neveu Michel-Ernest Koch.
