« 11 septembre 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16327, f. 308-309], transcr. Nicole Savy, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.8921, page consultée le 25 janvier 2026.
11 septembre [1836] après-midi, 2 h. ¼ dimanche
Cher petit homme bien-aimé, il fait trop beau temps pour que vous n’alliez pas à
Fourqueux. D’avance j’en suis triste jusqu’à votre retour.
La bonne est
décidément malade. Je vais donc passer ma journée tout à fait seule. Cela me serait
bien égal si j’avais l’espoir de vous voir ce soir. Je voudrais bien mon cher bijou
que tu M’ATTRAPIEZ en venant ce soir. Mais je n’y compte pas du tout. Si je vous
aimais moins mon cher petit Toto je prendrais en patience vos fréquentes absences
et
je m’en inquièterais peu. Mais je vous aime de toute mon âme et je souffre tant que
j’ai de force quand je ne vous vois pas, et je suis jalouse comme tout quand je vous
suppose avec d’autres femmes. C’est ce qui fait que je suis si maussade quand vous
me
revenez.
Je vous aime mon Toto je t’aime mon Victor. Avec ce défaut-là je dois
te paraître bien laide et bien ennuyeusea. Mais je ne peux pas m’empêcher d’être ainsi et de vous
baiser lesb pieds.
Juliette
a « ennuieuse ».
b « tes ».
« 11 septembre 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16327, f. 310-311], transcr. Nicole Savy, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.8921, page consultée le 25 janvier 2026.
11 septembre [1836], dimanche soir, 6 h. ¾
Puisque tu restesa, mon adoré,
puisque j’aurai le bonheur de passer encore cette soirée avec toi, je suis heureuse,
je suis ravie. Je t’aime, je regrette cependant que l’état de ma servante m’empêche
de
t’offrir un souper quelconque, la pauvre fille est rentrée après son bain plus mal
qu’elle n’était sortie. Je viens de l’envoyer coucher ornée d’un immense cataplasme.
Pourvu que nous trouvions un marchandb de
souper ouvert ce soir, ce mal ne sera pas grand, mais j’en doute pardon de l’expression.
Que vous êtes gentil que vous êtes aimable
mon Toto, que je vous aime et que vous le méritez bien pour la bonne surprise que
vous
me faites ? Car c’enc est une, et une
bien douce encore. Mais le fait est que je croyais bien être abandonnée ce soir. Ha !
ça je vous ai dit d’aller chez Georged1 mais
je ne vous ai pas dit d’y coucher.
Il est déjà tard et
je vous prie de tourner la pointe de vos petits pieds vers la rue Saint-Anastasee, au moins que je jouisse de la soirée que vous m’accordez,
autrement ce serait une espèce de flouerie, signe d’un
archiduc qu’il faudrait changer en stuc pour mettre sur son aqueduc ou bien sur
madame Astruc.
Je vous aime vous savez, je t’adore mon Toto.
Juliette
1 Juliette était très jalouse de Mlle George, comédienne et vieille amie de Victor Hugo. Elle envisage cependant de lui demander son entremise pour être engagée à la Porte-Saint-Martin.
a « reste ».
b « md ».
c « s’en ».
d « Georges ».
e « St-Anastase ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle refuse un engagement à la Porte-Saint-Antoine. Hugo l’emmène en voyage en Normandie et en Bretagne, où elle revoit Fougères, sa ville natale.
- JanvierElle refuse un engagement au Théâtre de la Porte-Saint-Antoine.
- 8 marsElle emménage au 14 rue Sainte-Anastase.
- 23 marsHugo donne une mèche de ses cheveux à Juliette.
- 26 marsReprise d’Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française. Marie Dorval joue la Tisbe, Mlle Volnys joue Catarina.
- 15 juin-21 juilletVoyage avec Hugo en Normandie. Le 22 juin, étape à Fougères où elle n’était pas revenue depuis l’enfance.
- 14 novembreLa Esmeralda à l’Opéra (musique de Louise Bertin, fille de Bertin aîné, sur un livret de Hugo).
- 8 décembreMort en bas âge de son neveu Michel-Ernest Koch.
