« 20 août 1848 » [source : BnF, Mss NAF 16366, f. 277-278], transcr. Anne Kieffer, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4934, page consultée le 24 janvier 2026.
20 août [1848], dimanche matin, 8 h.
Bonjour, mon tout bien aimé, bonjour, mon Victor adoré, bonjour. Je crois en ta prophétie et je m’y confie cœur et âme. Non, le bon Dieu ne
voudra pas que [tu] sois interrompu au milieu de ton œuvre sublime
de dévouement. Tu as raison de penser ainsi et je partage ta pieuse confiance.
Cher bien-aimé, je t’ai dépêché hier la femme de ce pauvre Jacques1, elle était venue chez moi pendant mon
absence puis encore une seconde fois, elle était si désolée et elle paraît si
sincèrement et si naïvement honnête que j’ai pris sur moi de l’encourager à aller
chez
toi et à t’attendre si tu n’y étais pas. Elle paraissait croire que son mari avait
été
condamné ou sur le point de l’être. Cependant M. de
Thoré l’avait fait appeler au conseil de guerre, ce qui prouverait que
tout n’était pas fini. Il a beaucoup insisté pour avoir ses papiers et ses
certificats, dont un est chez toi, ou à défaut son patron. Tout cela prouverait que
tout espoir n’est pas perdu pour lui et que ta recommandation agit en sa faveur2. Je serais bien heureuse si tu pouvais sauver
ce misérable pour sa pauvre femme et pour son enfant et surtout pour la joie que tu
en
ressentiras. Je baise toute ton adorée petite personne.
Juliette
1 Condamné à identifier.
2 Au lendemain des journées de juin 1848, Victor Hugo intervient en faveur d’un grand nombre de prisonniers, menacés par les conseils de guerre d’exécution ou de déportation.
« 20 août 1848 » [source : BnF, Mss NAF 16366, f. 279-280], transcr. Anne Kieffer, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4934, page consultée le 24 janvier 2026.
20 août [1848], dimanche matin, 11 h.
La pluie continue de tomber avec rage, mon cher petit homme, et je crains que ce ne soit un obstacle pour toi de venir. Cependant j’ai bien besoin de te voir pour te dire à toi-même que tu es ma vie, ma joie et mon bonheur. En réunissant au bout les unes des autres toutes les pauvres petites minutes que tu m’as données cette semaine je suis sûre qu’elles ne feraient pas une heure à elles toutes. Aussi tu dois comprendre avec quelle ardente impatience j’attends ta présence adorée. Il m’aurait été impossible d’aller t’attendre aujourd’hui à cause de mon pied1. J’ai réussi à force de compresse d’eau fraîche à faire disparaître la vive inflammationa mais il reste encore la petite plaie à cicatriser, ce qui n’est possible qu’avec du repos. Cependant j’espère bien aller te trouver demain à l’Assemblée s’il ne survient pas de nouveaux accidents à mon bête de pied. Pour les empêcher il faut que tu viennes bien vite t’installer auprès de moi et que tu y restes bien longtemps sinon je ne réponds de rien. En attendant je fais consciencieusement de mon mieux pour me guérir et je t’aime à cloche-pied, mais non à cloche-cœur, et je t’adore à quatre pattes.
Juliette
1 Depuis le 17 août 1848, Juliette Drouet se plaint de souffrir d’un cor au pied.
a « inflamation ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
Hugo est élu à l’Assemblée Constituante ; d’abord effrayée par la Révolution, elle porte secours à des victimes de la répression, et déménage cité Rodier.
- FévrierRévolution de Février : Hugo soutient d’abord la cause d’une régence ; refuse la mairie, et le poste de ministre de l’Instruction Publique proposé par Lamartine.
- 4 juinHugo est élu au scrutin complémentaire à l’Assemblée Constituante.
- 24 juinHugo fait partie des 60 commissaires nommés par la Constituante pour rétablir l’ordre.
- 1er juilletLa famille Hugo quitte la place des Vosges pour la rue de l’Isly.
- 11 septembreDiscours de Hugo pour la liberté de la presse.
- 15 septembreDiscours de Hugo contre la peine de mort.
- 15 octobreLa famille Hugo quitte la rue de l’Isly pour la rue de la Tour d’Auvergne.
- NovembreElle s’installe cité Rodier.
- 27 décembreMort de sa nièce Marie-Louise Koch.
