« 16 août 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16327, f. 240-241], transcr. Nicole Savy, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.7579, page consultée le 24 janvier 2026.
16 août [1836], mardi soir, 6 h. ¼
Je ne vous avais pas encore écrit mon cher bien-aimé lorsque vous êtes venu tout à
l’heure, quoique je n’aie pas cessé une seconde de penser à vous. Mais le chat et
une
puce, deux puces, dix puces, cent puces et six cent millions de puces m’ont tenuea plus de trois heures, après lesquelles
je me suis débarbouillée et habillée.
Je vous aime quoique vous ne le méritiez
guèreb, mon amour, mais enfin je
vous aime, voilà le fait. La raison il ne la faut pas chercher, je vous aime, voilà
tout.
Vous m’avez demandé compte de ma dépense tout à l’heure. Je l’ai
retrouvée, et sans déficit. Je suis plus que toi surprise et affligée d’avoir dépensé
tant d’argent. Cependant je sais que je n’ai pas fait une seule fausse dépense. Certes
si le total de ma dépense est excessif je ne puis l’attribuer à mes rubans, mes
fleurs, ma parfumerie, encore moins à ma gourmandise. Car si tu n’entrais pour tout
dans le dîner que je te donne, je te réponds que je ne prendrais que le plus
strictc nécessaire.
Je te
dis tout cela mon pauvre ange, non pas que je crois que tu as besoin d’être éclairé
sur ma manière de vivre. Mais parce que je me le dis à moi-même : je suis surprise
et
triste qu’il faille autant d’argent pour vivre.
J.
a « tenues ».
b « guerre ».
c « stricte ».
« 16 août 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16327, f. 242-243], transcr. Nicole Savy, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.7579, page consultée le 24 janvier 2026.
16 août [1836], mardi soir, 6 h. ½
Je t’écris coup sur coup et tout d’une haleine. Pourquoi pas, puisque c’est comme
ça
que je vous aime d’un bout de l’année à l’autre et sans jamais m’arrêter. Et puis
j’avais à cœur de te dire autre chose que des comptes-rendus de cuisine.
À
propos de cela voilà qu’il me revient à l’idée que nous avons demain une autre dépense
pour une autre cuisine encore moins appétissante : le MONT-DE-PIETE puisqu’il faut
l’appeler par son noma, capable de
ruiner en un jour l’ACHERON1 si les nécessiteux voulaient le baptiser de ce nomb mythologique. C’est demain que le
Lanvin vient. Tu vois mon cher bijou que
voici le schal2 encore une fois devenu fantastique. Je ne m’en plains
pas, au contraire, et je voudrais qu’il fît froid et que la saison fût assez avancée
pour ne plus m’en occuper, voilà tout. Causons-en si vous voulez.
Que je vous
aime et que je vous aimerai encore plus si c’est possible, si vous voulez bien
consentir à nous prêter votre jolie petite tête3 demain une couple
d’heuresc. QUELLE PRIME si vous ne
trouvez pas moyen de vous dérober demain jusqu’à 8 h. du soir comme l’autre fois.
Je
vous baiserai de toutes sortes.
Juliette
1 Citation du début des « Animaux malades de la peste », fable de La Fontaine : « la peste, puisqu’il faut l’appeler par son nom, / Capable de remplir en un jour l’Achéron, / faisait aux animaux la guerre. »
2 « Schal » ou « schall », orthographe de « châle » à l’époque romantique.
3 Pour une séance de pose, en vue du portrait destiné à Juliette.
a « non ».
b « non ».
c « heure ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle refuse un engagement à la Porte-Saint-Antoine. Hugo l’emmène en voyage en Normandie et en Bretagne, où elle revoit Fougères, sa ville natale.
- JanvierElle refuse un engagement au Théâtre de la Porte-Saint-Antoine.
- 8 marsElle emménage au 14 rue Sainte-Anastase.
- 23 marsHugo donne une mèche de ses cheveux à Juliette.
- 26 marsReprise d’Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française. Marie Dorval joue la Tisbe, Mlle Volnys joue Catarina.
- 15 juin-21 juilletVoyage avec Hugo en Normandie. Le 22 juin, étape à Fougères où elle n’était pas revenue depuis l’enfance.
- 14 novembreLa Esmeralda à l’Opéra (musique de Louise Bertin, fille de Bertin aîné, sur un livret de Hugo).
- 8 décembreMort en bas âge de son neveu Michel-Ernest Koch.
