« 12 février 1848 » [source : MVH, 8046], transcr. Anne Kieffer, rév. Michèle Bertaux, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4566, page consultée le 01 mai 2026.
12 février [1848], samedi matin, 9 h. ¾
Bonjour, mon bien-aimé, bonjour, je vais très bien et toi ? Je t’aime et vous ? Je me sens disposée à être très aiméea c’est à vous à faire le RESTE. Cependant je ne vous y force pas car je sens que vous être très occupé d’ailleurs et que vous n’avez pas que moi à….. penser (j’allais dire PANSER). Je le sais et je m’y conforme tant bien que mal sauf plus tard à faire valoir mes droits. Je crois que ce sera effrayant. En attendant cette époque désirée, je file des jours monotones et absurdes mêlés de pas mal d’impatience et de beaucoup de bisquerie. Pour varier cette médiocre occupation, je viens de lire La Fraternelle1 à laquelle je n’ai rien compris sinon que la susdite n’assure que ce qui est incombustible de [illis.] naturel tel que pierre de taille, moëllon, granit et fer, voireb même les étangs sans le poisson, et autre cours d’eau qu’on pourrait avoir dans son logis ou ailleurs. Cette manière d’assurer et de rassurer les sociétaires de cette trop fraternelle compagnie m’inspire un si vif sentiment de confiance et d’admiration que je me sens le courage de rester sous le poids de mes risques LOCATIFS et autres plutôt que d’abuser de son dévouement philanthropiquec. Fichtre je n’aurais qu’à brûler, elle aurait la douleur, cette bonne compagnie, de ne m’offrir pour toute indemnité que l’article 9 de la brochure moins neuve que son article. Je ne veux pas l’exposer à cela je ne me le pardonnerai pas. Baise-moi toi et tâche de brûler un peu mieux que ça afin que MA COMPAGNIE te donne son petit article de consolation.
Juliette
1 Il s’agit manifestement d’une compagnie d’assurances.
a « aimé ».
b « voir ».
c « philantropique ».
« 12 février 1848 » [source : MVH, 8047], transcr. Anne Kieffer, rév. Michèle Bertaux, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4566, page consultée le 01 mai 2026.
12 février [1848], samedi, midi ½
Je vais toujours très bien, mon adoré, et n’[illis.] le désir de te voir je ne demanderais rien de plus au bon Dieu. J’espère que de ton côté tu vas très bien et que tu as passé une bonne nuit. Si tu peux venir de bonne heure tu feras le mien toujours et de plus en plus. Les bonnes choses sont toujours les meilleures et les plus grosses niaiseries ne vieillissent jamais. C’est toujours avec un nouveau plaisir que je les retrouve sous ma plume et dans mon cœur. D’ailleurs pourquoi changer ces vieilles plaisanteries qu’on connaît et qui vous connaissent contre de nouvelles qu’il faudrait peut-être chatouiller longtemps avant de leur faire dire le plus petit mot pour rire. Voilà mon opinion et je m’y tiens. D’ailleurs c’est TONIQUE quoique tu ne saches pas encore S’IL A CRIÉ QUAND IL M’A MORDUE1. Cela viendra un jour. En attendant PORTE-MOI et je t’apporterai Madame Chaumontel et son auguste famille y compris la mélodieuse Théophiline. Il fait un temps ravissant mais comme il faut que je me peigne et que j’ai encore mal aux reins je ne sortirai pas aujourd’hui. Demain j’irai chez le médecin et je verrai ce qu’il me dira à ce sujet. Je crois que c’est le plus raisonnable ainsi. Qu’en dites-vous mon cher petit tyran domestique ? Baisez-moi et venez bien vite je vous attends.
Juliette
1 Citation récurrente sous la plume de Juliette Drouet, à identifier, comme le « c’est tonique » qui précède.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
Hugo est élu à l’Assemblée Constituante ; d’abord effrayée par la Révolution, elle porte secours à des victimes de la répression, et déménage cité Rodier.
- FévrierRévolution de Février : Hugo soutient d’abord la cause d’une régence ; refuse la mairie, et le poste de ministre de l’Instruction Publique proposé par Lamartine.
- 4 juinHugo est élu au scrutin complémentaire à l’Assemblée Constituante.
- 24 juinHugo fait partie des 60 commissaires nommés par la Constituante pour rétablir l’ordre.
- 1er juilletLa famille Hugo quitte la place des Vosges pour la rue de l’Isly.
- 11 septembreDiscours de Hugo pour la liberté de la presse.
- 15 septembreDiscours de Hugo contre la peine de mort.
- 15 octobreLa famille Hugo quitte la rue de l’Isly pour la rue de la Tour d’Auvergne.
- NovembreElle s’installe cité Rodier.
- 27 décembreMort de sa nièce Marie-Louise Koch.
