« 23 août 1847 » [source : Leeds, BC MS 19c Drouet/1847/52], transcr. Gwenaëlle Sifferlen, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12490, page consultée le 26 janvier 2026.
23 août [1847], samedi matin, 7 h. ½
Bonjour, mon Victor aimé, bonjour le meilleur, le plus respecté, le plus grand et
le
plus aimé des hommes. Bonjour, je vous aime et vous ? Vous ne répondez pas, vieux
sournois, vous craignez trop de vous compromettre en laissant voir jusqu’au fond de
votre cœur ce qu’ila en est. Cette
réserve fait honneur à votre prudence mais n’en fait guère à vos sentiments. C’est
bon
la VIEILLE. Que je t’entende dire cela et puis tu verras ce que je te ferai. Je
t’apprendrai, JEUNE HOMME, à ne pas manquer de respect à mes cheveux BLONDS1. Avec tout ça tu n’es
pas revenu hier, comme c’est adroit et comme cela me rend heureuse. Il est vrai que
je
devrais y être habituée, ce n’est pas de votre faute si je ne suis pas la plus
indifférente et la plus racornieb
des femmes…..c hein, si je me laissais glisser sur la pente de la grognerie, comme j’irais
jusqu’au fond en vous disant de dures et inutiles vérités. Mais je me retiens et je
m’accroche à tous les bons et tendres souvenirs de mon bonheur passé et je trouve
dans
ma reconnaissance que tu es le meilleur, le plus doux, le plus charmant et le plus
ravissant des hommes. Tu vois bien que je ne demanded pas mieux que de te rendre justice et que lorsque je ne le
fais pas, c’est moins la faute de mon amour que celle de mon caractère qui est tout
impatience et tout désir de te voir.
Cher petit homme adoré, je vous pardonne
tous vos crimes à la condition que vous viendrez de bonne heure. Je vous adore.
Juliette
1 Plaisanterie sur les nombreux cheveux blancs de Juliette, qui la gênent beaucoup et qu’elle s’arrache méthodiquement.
a « ce qui ».
b « raccornie ».
c Il y a cinq points de suspension.
d « demandes ».
« 23 août 1847 » [source : Leeds, BC MS 19c Drouet/1847/53], transcr. Gwenaëlle Sifferlen, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12490, page consultée le 26 janvier 2026.
23 août [1847], lundi après-midi, 2 h. ½
Mes gribouillis, à défaut d’autres choses, pourraient servir de supplémenta au bureau des longitudes pour la
pluie et le beau temps qu’il fait à Paris toute l’année, jour par jour et presque
heure par heure. Cela tient à ce que l’état du ciel influe beaucoup sur mon humeur
et
me rend ton absence plus difficile à supporter selon que le temps est plus triste.
Aujourd’hui, je le trouve lugubre, ce qui fait que je me trouve encore plus
malheureuse que d’habitude en t’attendant. Dès que tu seras auprès de moi, je ne
m’apercevrai plus de ce qui se passe au-dehors, je ne verrai que toi et je serai la
plus heureuse et la plus joyeuse des femmes. Mais il faut tâcher d’arriver jusque-là
sans trop de découragement, ce qui n’est pas une petite besogne. Enfin, j’y fais tout
mon possible.
J’ai écrit ce matin à ce pauvre bas-breton en ayant soin de
laisser les [noms ?] en …..b blancc, ce que tu m’as dit
hier. Je ne sais pas si ma lettre lui arrivera parce que je n’ai pas mis le nom de
l’hôtel sur l’adresse, cependant le n° y est. J’attendrai quelques jours pour lui
écrire de nouveau s’il ne me répond pas1. Mes pauvres enfants te remercient et t’aiment à qui mieux mieux. Ce
sont vraiment d’angéliques et charmantes créatures que j’aime de tout mon cœur qui
est
à toi, bien à toi, rien qu’à toi.
Juliette
1 Juliette appelle ainsi d’ordinaire sa sœur et son beau-frère, les Koch, qui vivent à Saint-Renan, près de Brest. Quant à cet homme dont il est question, et qui semble avoir un lien avec la famille de Juliette, la lettre du lendemain donne quelques précisions à son sujet.
a « suplément ».
b Il y a cinq points de suspension.
c « blancs ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle écrit ses mémoires de couvent pour documenter l’épisode du Petit-Picpus dans Les Misérables.
- 23 janvierPremière de la reprise de Lucrèce Borgia à la Porte-Saint-Martin.
- 21 juinElle assiste avec Hugo à la messe à Saint-Mandé, pour le premier anniversaire de la mort de Claire.
- Août-septembreLiaison de Hugo avec Alice Ozy, qui est aussi la maîtresse de son fils Charles.
- 4 septembreLe corps de Claire Pradier est exhumé une seconde fois pour être placé dans un caveau au cimetière de Saint-Mandé.
- 7-9 septembreÀ la demande de Hugo qui s’en servira pour Les Misérables, Juliette écrit ses mémoires de couvent.
- 30 septembre-7 octobreVoyage en Normandie.
