« 11 mai 1846 » [source : BnF, Mss, NAF 16363, f. 33-34], transcr. Marion Andrieux, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.1784, page consultée le 01 mai 2026.
11 mai [1846], lundi matin, 7 h. ¼
Bonjour, mon bien-aimé adoré, bonjour, mon Toto ravissant, bonjour. Je
te renvoie toutes les adorables choses que tu m’as écrites hier avec des millions
de
baisers et de tendresses dont je les ai couvertes et imprégnées à force de les lire
et
de les baiser. Je voudrais être à ce soir déjà pour te dire tout ce que j’ai dans
le
cœur d’amour et d’adoration.
La nuit a été moins bonne que d’habitude, et
cependant ce matin ma fille paraît assez bien. M. Triger n’est pas venu malgré sa promesse. M. Pradier n’est pas revenu non plus. Le temps n’était
pas engageant et à l’exception d’Eugénie
que rien n’arrête, je n’ai vu personne dans la journée. M. Pradier m’a dit en effet
que tu lui avais donné un affreux galop1 à quoi j’ai répondu
ce dont nous étions convenus. Je te dis cela pour te dire tout ce qui se passe et
ce
qui se dit, même les choses les plus insignifiantes. Mon Victor chéri, je t’aime,
je
voudrais être oiseau pour te suivre, je voudrais être fleur pour te plaire, je
voudrais être la lumière pour t’être nécessaire, je voudrais être l’air que tu
respires et surtout je voudrais être toujours la femme aimée de toi. Je t’attends
avec
toute l’impatience que donnent quarante-huit heures de désir et de regrets continus.
Je voudrais être à tantôt mais surtout je voudrais être revenue chez moi avec ma
pauvre enfant pour n’en plus bouger et pour t’espérer à tous les instants de ma vie.
Le jour où je retournerai dans ma maison avec ma fille guérie, je serai la plus
heureuse des femmes car je serai près de toi et entourée de tout ce qui
t’appartient.
1 Donner un galop : (pop.) réprimander.
« 11 mai 1846 » [source : BnF, Mss, NAF 16363, f. 35-36], transcr. Marion Andrieux, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.1784, page consultée le 01 mai 2026.
11 mai [1846], lundi après-midi, 2 h. ¼
L’heure approche où je te verrai, mon Victor bien-aimé, elle approche
lentement mais la certitude que je te verrai tantôt me donne le courage d’attendre
jusque-là.
Ce matin, j’ai eu la visite de Mme Guérard qui demeure depuis huit jours dans le voisinage à Passy. C’est
une bonne et ennuyeusea femme qui
fait plaisir à voir quand je ne t’attends pas. Elle a donné à Claire un signetb du livre d’heures avec une médaille
dorée à chaque bout. Mais rien ne lui plaît à cette pauvre enfant, pas même la
distraction que je m’efforce de lui donner pour lui faire perdre un peu le sentiment
de son mal. Ce hideux Triger n’est pas venu
hier et pas encore aujourd’hui. Le temps s’écoule en attendant et ses forces
s’épuisent. Je suis on ne peut pas plus tourmentée sur l’issue de cette maladie. Je
voudrais qu’on vît M. Louis le plus tôt
possible et d’un autre côté je crains de l’effrayer. Je ne sais que résoudre et j’ai
bien besoin que tu me viennes en aide en me disant ce qu’il faut faire. Quelque chose
qui m’arrive dans la vie, heureuse ou malheureuse, c’est toujours vers toi que je
me
tourne. Je ne peux penser que par toi et je n’agis que d’après toi. Je ne peux vivre
qu’en toi et je ne suis heureuse que par toi. Je t’aime et je te baise de l’âme. Je
t’attends et je t’adore.
Juliette
a « ennuieuse ».
b « sinet ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
sa fille Claire meurt de la tuberculose. Le père biologique, James Pradier, et le père adoptif, l’accompagnent dans ce deuil. Celui-ci libère Hugo du blocage qui l’empêchait de se rendre sur la tombe de Léopoldine, où il se rend pour la première fois depuis trois ans.
- 28 marsCrise nerveuse de Claire.
- 1er-5 juinHugo, à la Chambre des Pairs, participe au procès de Pierre Lecomte, auteur d’un attentat manqué contre le roi. Lecomte sera guillotiné.
- 2 juinJuliette et sa fille s’installent à Auteuil, 56 rue de la Fontaine, dans un appartement que leur loue Pradier. Il refuse de louer un appartement plus confortable pourtant disponible dans le même immeuble.
- 21 juinMort de Claire Pradier.
- 23 juinEnterrement de Claire Pradier au cimetière d’Auteuil.
- Juin-juilletVictor Vilain réalise un buste en terre cuite de Juliette.
- 11 juilletAprès la découverte des dernières volontés de Claire, son corps est exhumé et transféré au cimetière de Saint-Mandé.
- 1er-2 aoûtVictor Hugo et Juliette partent en excursion le samedi toute la journée, et le dimanche matin, et prennent le chemin de fer.
- 25-28 septembreSéjour en Normandie, à Caudebec et Villequier.
