20 mars 1836

« 20 mars 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16326, f. 211-212], transcr. André Maget, rév. Guy Rosa, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.739, page consultée le 25 janvier 2026.

Bonjour cher adoré, comment va ta petite gorge ce matin ? Je voudrais bien le savoir pour me réjouir si elle est guérie, ou pour te plaindre du fond de mon cœur si elle est toujours malade. Quant à moi je suis toujours dans le même ÉTAT et je ne m’en plaindrais pas si j’étais sûre que cela deviendrait par la suite un bon gros et joli enfant qui vous ressemblerait. Mais, mais... rien n’est moins sûr et je me tiens dans une superbe indifférence sur ce petit incident pour n’avoir pas à pleurer une déception ce soir ou demain.
Il fait un temps ravissant. Je me suis levée de très bonne heure pour pouvoir vous écrire plus tôt. J’ai encore fait de méchants rêves et cependant jamais je n’avais été plus heureuse dans tes bras qu’hier au soir. Mais dès que tu t’éloignes de moi, je retombe au pouvoir des idées tristes. Tu vois bien que tu ne devrais jamais t’éloigner pour notre bonheur à tous les deux et pour ma tranquillité en particulier.
Mon cher petit Toto, je vous aime. Je ne sais pas comment ça se fait, mais je vous aime de plus en plus fort, quoique je vous aie aimé de toutes mes forces le premier jour où je vous ai vu. Au reste, je ne charge pas d’expliquer ce phénomène, je le sens et voilà tout ce qu’il me faut.
En attendant que tu viennes, je t’envoie mon cœur, ma pensée et mes baisers pour hâter ton retour.

Juliette


« 20 mars 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16326, f. 213-214], transcr. André Maget, rév. Guy Rosa, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.739, page consultée le 25 janvier 2026.

20 mars [1836], dimanche soir, 7 h. ½

Je t’écris, mon cher ange, parce que c’est un moyen de prolonger la conversation avec toi ; et puis parce que je ne te dis jamais tout l’amour que j’ai dans le cœur. Je suis toujours interrompue par l’heure impitoyable. Mon âme, mon Victor, mon généreux homme, comment ai-je pu t’affliger, comment mes grogneries peuvent-elles jamais te causer un autre sentiment que le rire le plus inextinguible ? Va, c’est bien vrai ce que je te dis, crois-le bien parce que c’est la vérité la plus sincère qui ait jamais existé. Je te trouve le plus généreux et le plus admirable des hommes dans l’acception de la bonté et de l’indulgence pour les caprices de la femme dont je ne me suis pas toujours exempte. Mais je te demande pardon d’avoir attristé ton beau front tout à l’heure, mais cela n’arrivera plus jamais, bien sûr, et pour preuve, c’est que je te donne mon cœur, mon âme, ma pensée et toute ma vie dans ce monde et dans l’autre.
Ah ! notre traiteur qui ne vient pas. Voilà un événementa que Claire supportera difficilement. Moi, ça m’est égal, de ne pas dîner, je vous mangerai ce soir en hors-d’œuvre ainsi.

J.


Notes manuscriptologiques

a « évêment ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle refuse un engagement à la Porte-Saint-Antoine. Hugo l’emmène en voyage en Normandie et en Bretagne, où elle revoit Fougères, sa ville natale.

  • JanvierElle refuse un engagement au Théâtre de la Porte-Saint-Antoine.
  • 8 marsElle emménage au 14 rue Sainte-Anastase.
  • 23 marsHugo donne une mèche de ses cheveux à Juliette.
  • 26 marsReprise d’Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française. Marie Dorval joue la Tisbe, Mlle Volnys joue Catarina.
  • 15 juin-21 juilletVoyage avec Hugo en Normandie. Le 22 juin, étape à Fougères où elle n’était pas revenue depuis l’enfance.
  • 14 novembreLa Esmeralda à l’Opéra (musique de Louise Bertin, fille de Bertin aîné, sur un livret de Hugo).
  • 8 décembreMort en bas âge de son neveu Michel-Ernest Koch.