« 24 novembre 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16357, f. 87-88], transcr. Yves Debroise, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.6001, page consultée le 04 mai 2026.
24 novembre [1844], dimanche matin, 11 h. ¼
Bonjour, mon Toto bien-aimé, bonjour mon adoré petit Toto, bonjour ma vie. Comment
vas-tu ce matin, mon petit Toto bien-aimé ? As-tu pris un peu de repos ? Tu te
disposes à aller chez la duchesse1 je voudrais bien que tu viennes dès que
tu en seras revenu. J’ai besoin de te voir mon doux bien-aimé te voir c’est respirer
c’est vivre c’est le paradis.
Il fait un temps bien froid mon cher petit homme il
faut bien te couvrir et prendre garde aux rhumes et aux fluxions de poitrine. Ce n’est
pas de ta santé dont tu prendras soin c’est de ma vie. Je sens que je ne pourrais
pas
supporter le malheur de te savoir malade loin de moi. Il faut donc que tu prennes
toutes les précautions possibles pour empêcher ce malheur d’arriver. Je trouve que
tu
es bien lent à te commander une enveloppe chaude. Il est vrai que tu l’as fait il
y a
deux ou trois jours mais c’est égal c’est trop tard tu aurais dû l’avoir depuis
longtemps. Oh ! Si je pouvais te mettre dans du coton comme je le ferais avec amour
et
avec joie. .Malheureusement cela n’est pas possible à mon grand regret et à ma grande
inquiétude. Tâche au moins de venir me voir dès que tu seras libre tantôt. Je suis
triste un baiser de toi me rendraa
le bonheur. D’ici là je vais bien penser à toi, bien te désirer et bien t’aimer.
Jour Toto jour mon cher petit o. Vous êtes ma joie n’oubliez pas ça dépêchez-vous de venir si vous ne voulez pas
que je sois la plus triste des femmes.
Juliette
1 Belle-fille du roi Louis-Philippe, la duchesse d’Orléans, grande admiratrice et amie de Victor Hugo, soutient sa candidature à la pairie.
a « rendras ».
« 24 novembre 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16357, f. 89-90], transcr. Yves Debroise , rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.6001, page consultée le 04 mai 2026.
24 novembre [1844], dimanche soir, 5 h.
Je t’attends mon cher petit bien-aimé, j’ai hâte de te voir, de te baiser et de
savoir si tes prévisions étaient justes. Je ne t’ai pas retenu tantôt parce que je
craignais que tu ne sois en retard mais ce n’est pas faute du désir de t’embrasser
et
du besoin de te dire tout mon amour. Cette fois, comme toujours, j’ai dû sacrifier
mon
bonheur à la raison et au devoir.
Je t’ai trouvé bien éventé et bien peu couvert pour le froid qu’ila fait mon cher bien-aimé. Je crains que tu ne joues un peu trop à
PAIR ou non avec ta santé. Un peu de précaution ne nuirait pourtant pas. Dabat vient de venir tout à l’heure t’apporter de
ravissants petits souliers vernis à chaussettes de soie. Il m’a dit qu’il y avait
mis
tous ses soins. Il a encore les bottes vernies à apporter, après quoi je le paierai.
Nous avons encore reparlé des fameux souliers napolitains et je lui ai dit que tu
m’avais donné l’ordre de les payer 21 F. si cela était
juste. Tous ces procédés généreux le comblent et je suis sûre qu’il se mettrait dans
le feu pour toi. Rien ne me fait plus de plaisir que de te voir aimé, respecté, admiré
et adoré. Moi seule j’ai le droit de t’aimer d’amour. Quelle
queb soit la somme d’admiration et
d’adoration que tu reçoivesc de tout
l’univers, moi seule je t’aime des millions de milliards de fois plus dans un baiser
que tous ces cœurs là réunis. L’heure se passe, mon amour, et tu ne viens pas.
Pourtant tu sais que je t’attends. Pauvre ange, si tu es occupé je te pardonne.
Juliette
a « qui ».
b « qui ».
c « quelque ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle s’ennuie, et commence à se plaindre de voir Hugo moins souvent, sans savoir qu’il a entamé une liaison passionnée avec une autre femme.
- Début octobrePetit voyage avec Hugo.
