23 décembre 1855

« 23 décembre 1855 » [source : BnF, Mss, NAF 16376, f. 412-413], transcr. Magali Vaugier, rév. Guy Rosa, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.7229, page consultée le 24 janvier 2026.

J’ai bien de la peine, mon cher petit homme, à réagir en même temps contre le temps maussade et contre ma pensée triste. Cependant, je fais tous mes efforts pour ramener un peu de bleu dans mon âme et de joie dans mon cœur. Peut-être cela se fera-t-il tout de suite et tout naturellement quand je te verrai. D’ici là, je laisse les nuages noirs et pluvieux se promener dans mon pauvre petit ciel d’amour.
J’ai cherché l’enveloppe de la lettre sur laquelle il y avait Lamartine et je ne l’ai pas trouvée. Il faut que tu l’aies emportée l’autre soir car je suis sûre qu’elle n’a pas pu se perdre chez moi. Chemin feuilletant, j’ai trouvé un fragment de [papier ?] tout couvert de noms et d’adresses de femmes. Je sais combien il est ridicule de faire de la jalousie rétrospective et je ne veux pas en faire mais ce petit document instructif me prouve une fois de plus combien j’étais absurde de croire que tu m’aimais sérieusement. Peut-être eût-il mieux valu ne pas te donner la peine de me tromper pendant si longtemps au risque de créer dans ma vie un abîme sans fond de regret et de désolation. J’aurais bien fait de ne pas te parler de ce petit incident douloureux mais je n’ai pas l’esprit très ingénieux et je ne peux t’écrire que ce que je ressens à l’heure même. Si je peux je ne t’en parlerai pas ce soir, ce sera autant d’ennui inutile que je t’épargnerai. Dans ce cas-là, mon trop bien-aimé, je te prie de ne pas m’en parler jamais [de] ton côté. Je te pardonne, mon pauvre trop aimé, car en somme c’est ma faute si je n’ai pas su me faire aimer exclusivement. Le tort véritable est à moi, le tien est de m’avoir trompé [plusieurs mots illisibles].

Cette année-là…
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Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle suit Hugo, expulsé de Jersey, à Guernesey.

  • 8 févrierMort d’Abel Hugo (né en 1798).
  • 20 juinFête en l’honneur de Hugo dans son jardin.
    Après la crise de démence de Jules Allix dans la nuit du 10 au 11 octobre, on met fin aux séances de tables parlantes.
  • 17 octobreHugo fait partie des signataires, dans le journal L’Homme, d’une déclaration s’opposant à l’expulsion de trois journalistes.
  • 31 octobreHugo, François-Victor et Juliette quittent Jersey pour Guernesey. Hugo et son fils vont à l’Hôtel de l’Europe. Juliette va au Crown Hotel, puis en location.
  • 9 novembreHugo et les siens s’installent au 20, Hauteville.
  • 14 décembreJuliette vient d’emménager au 8 rue du Havelet, chez Miss Le Boutillier.