« 14 décembre 1852 » [source : BnF, Mss, NAF 16372, f. 265-266], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.8607, page consultée le 25 janvier 2026.
Jersey, 14 décembre 1852, mardi matin 8 h.
Bonjour, mon grand bien-aimé, bonjour mon doux adoré, bonjour. Il y a un an ce matin
que je me suis réunie à toi dans l’exil avec l’espérance de te servir, de t’aimer
et
de mourir pour toi1. Jusqu’à présent, mon pauvre bien-aimé, mon dévouement t’est
parfaitement inutile et mon amour n’a fait qu’augmenter encore, si c’est possible.
Maintenant j’attends l’occasion de te donner ma vie d’un seul trait, trop heureuse
si
c’est pour assurer ton repos, ta gloire et ton bonheur.
Comment vas-tu, mon cher
petit homme ? As-tu bien dormi cette nuit ? Je crains que l’inquiétude de ton fils,
jointe à la fatigue de ton travail, ne t’aient empêché de dormir. Je serai bien
contente si je me suis trompée. En attendant, mon cher bien-aimé, je t’aime, je pense
à toi, je t’attends et je t’adore de toutes mes forces.
Je vais écrire tout à
l’heure aux Luthereau et à Mme W.2. Je tiens à dater ce
souvenir du jour où j’ai reçu chez eux l’hospitalité. Et puis je t’aime, mon Victor,
dans tout ce que je fais, dans tout ce que je dis, dans tout ce que je pense. Mon
amour circule dans mon sang et remplit mon âme. Je t’adore.
Juliette
1 Partie de Paris le 13 décembre 1851, Juliette Drouet rejoint Hugo à Bruxelles le lendemain. Elle fut logée chez ses amis Luthereau.
« 14 décembre 1852 » [source : BnF, Mss, NAF 16372, f. 267-268], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.8607, page consultée le 25 janvier 2026.
Jersey, 14 décembre 1852, après-midi, 1 h.
Je m’attends à ne pas te voir longtemps aujourd’hui, mon doux bien-aimé, et même tout le temps que durera l’absence de ta femme. Et je ne m’en impatiente pas parce que je sens qu’il est nécessaire, qu’il est juste que tu restes le plus possible avec ta chère petite Dédé. Je puise mon courage dans la pensée que tu m’aimes et que tu ne peux plus me tromper. D’ailleurs pourquoi me tromperais-tu, mon pauvre trop aimé, puisque je n’ai jamais eu l’odieuse pensée de m’imposer à toi, puisque je suis plus convaincue que toi-même que le cœur ne se donne pas mais qu’il se prend et qu’un peu moins d’amour c’est pas du tout d’amour. Le jour où tu t’apercevras que je suis un obstacle à ton bonheur, quel qu’ila soit, tu n’as qu’à me faire signe et je m’éloignerai sans murmurer, sans me plaindre, sans même retourner la tête de ton côté. Aussi, mon Victor, je sens qu’il est impossible, toi prévenu de cet honnête et tendre courage, tu aies jamais la lâcheté de me tromper sous quelque prétexte que ce soit. J’en suis si sûre que je t’attends avec toute confiance et en toute sécurité. Heureuse si tu peux venir un moment, résignée d’avance si tu ne le peux pas. En attendant, mon cher petit Toto, voilà un bien affreux temps auquel il ne faut pas t’exposer surtout sans parapluie.
Juliette
a « quelqu’il ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle accompagne Hugo en exil, en Belgique d’abord, à Jersey ensuite.
- 5 janvierHugo s’installe au 16 de la Grand’Place à Bruxelles. Juliette habite chez ses amis Luthereau, galerie des Princes, 11 bis passage Saint-Hubert.
- 1er févrierHugo s’installe au 27 de la Grand’Place.
Charles, puis François Victor, rejoignent leur père. - 19 avrilMenacé d’expulsion, Hugo prend la décision de s’exiler à Jersey.
- 8-9 juinVente du mobilier parisien de Hugo.
- 31 juilletLa femme de Hugo, sa fille et Auguste Vacquerie arrivent à Jersey.
- 1er aoûtEmbarquement à Anvers de Hugo, son fils Charles et Juliette Drouet, pour Jersey, via Londres.
- 5 aoûtNapoléon-le-Petit publié à Bruxelles. Hugo, accompagné de son fils Charles et de Juliette, arrive en exil à Jersey.
- 5 aoûtJuliette Drouet loge à l’hôtel du Commerce, puis à Nelson Hall, puis à l’Inn Richland, au Hâvre-des-Pas.
- 16 aoûtHugo s’installe à Marine-Terrace avec les siens.
