« 31 octobre 1846 » [source : MVH, α 7808], transcr. Nicole Savy, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.1295, page consultée le 24 janvier 2026.
31 octobre [1846], samedi soir, 9 h. ¼
Je te demande pardon, mon pauvre bien-aimé, de n’avoir pas pu prendre sur ma douleur
assez de force et de calme pour te faire un adieu tendre et résigné. Il y a des choses
qui sont au-dessus de toutes les forces humaines et tu dois le savoir mieux que
personne, mon pauvre adoré puisque tu les as subies
toi-même. Cependant je te demande pardon de m’être
laissé dompter par la douleur au point de n’avoir pas
eu la force de te sourire à travers mes larmes tout à l’heure. Pourtant je ne t’ai
jamais plus ni mieux aimé qu’à présent. Je le sentais sans en pouvoir laisser rien
échapper. Ô je t’aime mon Victor, sois-en bien sûr, mon Dieu. Le jour où tu en
douteras c’est que tu ne m’aimeras plus toi-même et je n’aurai plus qu’à mourir. Tu
sais bien que tu es ma vie et que tu es mon bien, mon espoir, ma consolation à présent
et toujours. N’en doute jamais mon adoré, si tu ne veux pas être le plus injuste et
le
plus cruel des hommes.
Tu ne m’as pas promis de revenir ce soir mais je te sais
si ineffablement bon que j’espère que tu viendras si ces MM. te délivrent de bonne
heure. Je t’espère, je t’attends et je te désire de toutes mes forces. Pour t’obéir,
j’ai séché mes yeux et je reste l’âme et la pensée fixées sur toi. Quand tu viendras
tu me trouveras résignée et t’aimant à deux genoux comme l’être le plus parfait et
le
plus adorable qui soit. D’ici là je te baise en désirs et je te souris du fond du
cœur. Tu es mon beau bien-aimé que je voudrais regarder toujours et toujours baiser.
Et puis recommencer indéfiniment jusqu’à la fin du monde.
Pardonne-moi le chagrin
que je t’ai fait involontairement tout à l’heure, mon Victor adoré. Si j’avais espéré
que tu viennes je me serais retenue pour ne pas t’affliger car je ne peux pas
supporter la pensée de t’attrister. Pardonne-moi mon Toto chéri et viens ce soir je
t’en prie.
Juliette
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
sa fille Claire meurt de la tuberculose. Le père biologique, James Pradier, et le père adoptif, l’accompagnent dans ce deuil. Celui-ci libère Hugo du blocage qui l’empêchait de se rendre sur la tombe de Léopoldine, où il se rend pour la première fois depuis trois ans.
- 28 marsCrise nerveuse de Claire.
- 1er-5 juinHugo, à la Chambre des Pairs, participe au procès de Pierre Lecomte, auteur d’un attentat manqué contre le roi. Lecomte sera guillotiné.
- 2 juinJuliette et sa fille s’installent à Auteuil, 56 rue de la Fontaine, dans un appartement que leur loue Pradier. Il refuse de louer un appartement plus confortable pourtant disponible dans le même immeuble.
- 21 juinMort de Claire Pradier.
- 23 juinEnterrement de Claire Pradier au cimetière d’Auteuil.
- Juin-juilletVictor Vilain réalise un buste en terre cuite de Juliette.
- 11 juilletAprès la découverte des dernières volontés de Claire, son corps est exhumé et transféré au cimetière de Saint-Mandé.
- 1er-2 aoûtVictor Hugo et Juliette partent en excursion le samedi toute la journée, et le dimanche matin, et prennent le chemin de fer.
- 25-28 septembreSéjour en Normandie, à Caudebec et Villequier.
