« 29 janvier 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16351, f. 89-90], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.167, page consultée le 24 janvier 2026.
29 janvier [1843], dimanche matin, 11 h. ¾
Bonjour mon Toto ravissant, bonjour mon Toto bien-aimé. Bonjour, bonjour je t’aime.
Je te dirai, mon amour, que je marche de surprise en surprise avec ma Claire. Ce matin elle m’a apporté un mouchoir brodé
au point de chaînette qu’elle a fini hier au soir et que Suzanne a lavé et repassé ce matin. Il est vraiment
charmant et très bien fait. Tu le verras et tu me diras si tu en veux un de ce
genre-là pour ma chère petite DD. Seulement
tu en feras le dessin, ce sera encore plus gentil. Bref cette pauvre enfant est dans
un moment de transformation charmant, Dieu veuille que cela se soutienne. Je le désire
et je prie le bon Dieu tous les jours pour cela. Elle a été à la grand-messe ce matin
mais je ne l’enverrai pas à Vêpres parce que j’ai trop peu de temps à la garder et
que
je veux en profiter. C’est le moment ou jamais pour moi : quant à sa perruque je crois
qu’elle persiste à se faire raser pendant un mois ou six semaines. Cependant, je
désire qu’elle réfléchisse et qu’elle attende encore un peu avant de se décider.
Pendant ce temps-là si tu penses à consulter M.
Louis nous saurons mieux ce que nous faisons. Pauvre ange tu vas avoir
bien peu de temps à toi, aussi n’est-ce que pour la mémoire ce que je t’en dis.
Aime-moi mon Toto ravissant, aime-moi, non comme je t’aime, je ne suis pas si
ambitieuse, mais comme tu m’aimais il y a dix ans. Je baise tes quatre petites pattes
blanches.
Juliette
« 29 janvier 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16351, f. 91-92], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.167, page consultée le 24 janvier 2026.
29 janvier [1843], dimanche soir, 11 h. ½
Mon Dieu, mon cher bien-aimé, que t’est-il donc arrivé que je ne t’ai pas vu depuis
hier ? J’ai beau savoir tes occupations, tes embarras, tes ennuis de toutesa espèces, je n’en suis pas moins très
inquiète et très tourmentée. Je donnerais tout au monde pour tenir tes deux petites
mains blanches dans les miennes, pour sentir ta bouche sur la mienne, pour être sûre
enfin qu’il ne t’est rien arrivé de fâcheux et que tu m’aimes un peu.
Est-ce que
tu es allé à Hernani ce soir ? Ce serait bien mal quand tu
sais que je suis là, que je t’attends, que je te désire et que j’aurais eu tant de
bonheur à y aller avec toi. Je ne sais que penser. Cependant ce ne sont pas les
suppositions qui manquent, j’en ai à choisir. C’est pour cela que je ne sais à
laquelle m’arrêter. J’ai peur qu’il ne te soit arrivé quelque chose cette nuit ou
que
quelqu’un des tiens ne soit malade… Tu devrais bien, mon cher adoré, ne pas me laisser
plus longtemps dans cette perplexité. Tout doit être fini à présent si ce sont des
affaires seulement qui te retiennent. Tâche de venir mon cher
adoré. Pense à ce que je dois souffrir, ne sachant pas ce qui t’arrive.
Ma
pauvre péronnelle s’en va demain matin. Elle t’a commencé une bourse dans la journée
qu’elle te finira à la pension. Elle est bien gentille cette pauvre enfant et je
serais bien heureuse si tu venais tout de suite.
Juliette
a « tous ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
les répétitions et la création des Burgraves à la Comédie-Française sont compliquées par un procès et une cabale. Au retour de leur voyage en Espagne et dans les Pyrénées, ils apprennent la mort par noyade de Léopoldine, fille aînée de Hugo.
- Janvier-févrierRépétitions des Burgraves. Le rôle de Guanhumara ayant été retiré à Mlle Maxime, on cherche à la remplacer. Après Mlle Fitz-James, c’est Mme Mélingue qui est finalement choisie.
- 14 et 15 févrierMariage de Léopoldine Hugo et Charles Vacquerie.
- 7 marsPremière des Burgraves à la Comédie-Française.
- PrintempsHugo fait la connaissance au printemps de la femme de lettres Léonie d’Aunet, épouse Biard, et débute avec elle une liaison au printemps, ou à l’automne, ou en mai 1844, qui ne sera révélée à Juliette Drouet qu’en 1851.
- 18 juillet-12 septembreVoyage en Espagne et dans les Pyrénées, interrompu par la nouvelle de la mort de Léopoldine Hugo, noyée dans la Seine, à Caudebec, près de Villequier, avec son mari Charles Vacquerie, le 4 septembre. Hugo l’apprend le 9, en lisant le journal, à Rochefort. Léopoldine a été enterrée le 6 septembre, à Villequier. Retour précipité à Paris.
