« 20 janvier 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16351, f. 61-62], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.157, page consultée le 24 janvier 2026.
20 janvier [1843], vendredi soir 5 h. ¾
Quelque diligence qu’on ait faite aujourd’hui, mon adoré, il a été impossible d’aller
chercher le bois. Ce sera pour demain. Suzanne est dans ce moment-ci chez les dames Féau. [Faucher ?] est payé, le
charbon est venu et j’ai écrit à la mère Ledon de venir chercher son argent le plus tôt possible. J’attends
l’huile à brûler et la note de M. Triger
après quoi nous serons hors des dettes de l’année 1842.
Moins Jourdain, cependant, mais celui-là
peut attendre jusqu’au moment où il enlèvera les tapis. J’enverrai demain aussi porter
l’argent à MmeGuérard afin d’être tout à fait au pair avec
mes engagements. Je ferai très prochainement le compte du relevé que tu m’as demandé
ainsi que le total de l’année 1842. Je t’assure que la semaine prochaine ne se passera
pas que ce ne soit fait. J’aurais bien désiré que cette affaire Ribot soit terminée afin de jouir plus tôt de ton
sacrifice et de ne plus entendre parler de ce vieux monstre. Il faut espérera que le D.1 aura eu une réponse
quelconque de cette caisse des consignations. Je saurai cela dimanche.
Je suis
bien heureuse mon petit bien-aimé que tu sois venu ce matin mais il faudrait que ce
bonheur si désiré ne soit pas acheté aub
prix de toute une longue soirée de privation de te voir. Ça n’est pas juste. Et puis,
je suis bien femme à avaler coup sur coup bien des heures, bien des jours et bien
des
nuits de bonheur sans boire et sans crier miséricorde au bout d’une ficelle. Je vous
réponds que depuis le temps que je suis à la portion congrue, j’ai un appétit dévorant
qu’il vous sera difficile de satisfaire, dussiez-vous y passer tout entier. J’espère
mon cher petit homme que tu ne vas pas encore user de ton affreux procédé de ne pas
venir ce soir ? Je t’assure, mon pauvre ange, que j’aime mieux souffler dans mes
doigts, aller le cul tout nu et laisser hurler les créanciers que de mener la vie
stupide de coq en pâte et d’eunuquecfemelle, s’il y en a, et s’il n’y en a pas, je commence la
race, que je mène depuis trop longtemps.
Juliette
a « espéré ».
b « aux ».
c « eunnuque ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
les répétitions et la création des Burgraves à la Comédie-Française sont compliquées par un procès et une cabale. Au retour de leur voyage en Espagne et dans les Pyrénées, ils apprennent la mort par noyade de Léopoldine, fille aînée de Hugo.
- Janvier-févrierRépétitions des Burgraves. Le rôle de Guanhumara ayant été retiré à Mlle Maxime, on cherche à la remplacer. Après Mlle Fitz-James, c’est Mme Mélingue qui est finalement choisie.
- 14 et 15 févrierMariage de Léopoldine Hugo et Charles Vacquerie.
- 7 marsPremière des Burgraves à la Comédie-Française.
- PrintempsHugo fait la connaissance au printemps de la femme de lettres Léonie d’Aunet, épouse Biard, et débute avec elle une liaison au printemps, ou à l’automne, ou en mai 1844, qui ne sera révélée à Juliette Drouet qu’en 1851.
- 18 juillet-12 septembreVoyage en Espagne et dans les Pyrénées, interrompu par la nouvelle de la mort de Léopoldine Hugo, noyée dans la Seine, à Caudebec, près de Villequier, avec son mari Charles Vacquerie, le 4 septembre. Hugo l’apprend le 9, en lisant le journal, à Rochefort. Léopoldine a été enterrée le 6 septembre, à Villequier. Retour précipité à Paris.
