« 20 octobre 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16328, f. 54-55], transcr. Claudia Cardona, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10084, page consultée le 01 mai 2026.
20 octobre [1836], jeudi matin, 10 h. ¾
Oh ! C’est bien vrai que je vous MÉPRISE. Je serais bien fâchée de vous écrire un
seul mot de mon cœur, vous ne le méritez pas. Je vous dis et je vous répète que je
vous méprise pour tout de bon.
Voici trois ou quatre jours d’un temps exquis. Il n’y a pas de danger que vous soyez venu me prendre
pour m’en faire humer une bouffée. Pour moi les nuits solitaires, pour moi les promenades nocturnes par une pluie battante, c’est encore bien trop bon et si j’en crois l’avenir on ne me
donnera plus que l’espace de ma cheminée à ma porte pour m’ébattre au soleil de ma
cheminée sans feu, c’est ça de l’amour.
Je suis vraiment outrée, pour un peu
j’irais m’assurer en personne de ce qui se passe chez vous. Hélas, mon Dieu ? Il ne
se
passe rien autre part que dans votre cœur, vous ne m’aimez plus, voilà le secret de
mes nuits sans amour et de mes jours sans bonheur.
Juliette
« 20 octobre 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16328, f. 56-57], transcr. Claudia Cardona, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10084, page consultée le 01 mai 2026.
20 octobre jeudi soir 5 h. ¾
Mon cher bien aimé, je n’ai plus le courage de plaisanter. Et c’est du fond de mon
cœur et avec les larmes aux yeux que je te dis que je souffre de cettea absence prolongée à laquelle je ne
comprends plus rien. Si tu m’aimes moins, pourquoi me le faire savoir par l’abandon
de
tous les jours, il vaut mieux me le dire tout d’un coup ? Qui sait, j’aurai peut-être
le courage de supporter ce nouveau malheur, le dernier qui trouvera mon cœur sensible.
Mais attendre tous les jours inutilement, ne pas savoir ce que tu fais, c’est pour
en
mourir mille fois le jour d’impatience et de jalousie. J’aimerais mieux une affreuse
certitude que le doute dans lequel je flotte depuis 10
jours.
Enfin mon pauvre bien aimé, depuis bientôt quatre ans que je t’aime,
je pourrais me vanter d’avoir exercé la vertu de la patience et de la résignation
jusqu’à ses dernières limites, mais je sais ce qu’il en coûte pour la [illis.]. Adieu,
je t’aime.
Juliette
a « cet ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle refuse un engagement à la Porte-Saint-Antoine. Hugo l’emmène en voyage en Normandie et en Bretagne, où elle revoit Fougères, sa ville natale.
- JanvierElle refuse un engagement au Théâtre de la Porte-Saint-Antoine.
- 8 marsElle emménage au 14 rue Sainte-Anastase.
- 23 marsHugo donne une mèche de ses cheveux à Juliette.
- 26 marsReprise d’Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française. Marie Dorval joue la Tisbe, Mlle Volnys joue Catarina.
- 15 juin-21 juilletVoyage avec Hugo en Normandie. Le 22 juin, étape à Fougères où elle n’était pas revenue depuis l’enfance.
- 14 novembreLa Esmeralda à l’Opéra (musique de Louise Bertin, fille de Bertin aîné, sur un livret de Hugo).
- 8 décembreMort en bas âge de son neveu Michel-Ernest Koch.
