« 21 juin 1874 » [source : Lieu de conservation non identifié, lettre publiée par Guimbaud et par Souchon (que nous recopions).], in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.917, page consultée le 01 mai 2026.
Paris, 21 juin 18741, dimanche matin, 9 h. ½
J’espérais que rien ne viendrait troubler le recueillement de ce triste anniversaire
et je comptais sur la protection des anges de la mort pour me défendre des agressions
des témoins de la vie.
Hélas ! Je me suis trompée car jamais tentative plus
audacieuse et plus cynique n’a été dirigée contre mon repos. On dirait que ce qui
reste de mon pauvre cœur est le point de mire de toutes les flèches de ces
chasseresses du vice et des honteuses aventures.
Quant à moi, je me déclare
vaincue sans combattre et, avant que ma pauvre raison ne s’éteigne tout à fait, je
veux mettre à l’abri, bien loin des tournois de galanterie dont tu es le héros
glorieux et heureux, mon amour désespéré et broyé.
Juliette
1 Le 21 juin 1874, Juliette Drouet a rédigé deux lettres à l’intention de Victor Hugo, une à 9 h. ½ du matin, l’autre à 5 h. de l’après-midi, dans lesquelles elle affirme son découragement devant l’audace des admiratrices de l’écrivain et lui demande de la laisser partir (Louis Guimbaud, Victor Hugo et Juliette Drouet, Paris, A. Blaizot, 1914, p. 481 sq. et Paul Souchon, Juliette Drouet. Mille et une Lettres d’amour à Victor Hugo, Paris, Gallimard, Nrf [1951], coll. « l’Imaginaire », 2002, p. 715 sq.).
« 21 juin 1874 » [source : Lieu de conservation non identifié. Lettre publiée par Guimbaud et par Souchon (que nous recopions).], in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.917, page consultée le 01 mai 2026.
Paris, 21 juin 1874, dimanche, 5 heures
Tu ne veux pas que je m’inquiète, tu ne veux pas que je déserte un combat pour lequel
je n’ai plus d’armes, cela est plus généreux que sage, car ce qui s’est produit
aujourd’hui s’était produit hier et se reproduira demain et je n’ai plus de force,
ni
physique ni morale.
Ce martyre de Sisyphe qui remonte tous les jours son amour
au plus haut du ciel et qui le sent tomber chaque jour sur son cœur, de tout son
poids, me fait horreur et je préfère mille fois la mort tout de suite à cet
épouvantable supplice. Aie pitié de moi, laisse-moi partir, j’irai où tu voudras,
le
lieu m’importe peu.
Ne t’expose pas et ne m’expose pas à quelque terrible coup
de tête ! Je te le demande au nom de ta fille et de la mienne. Je te le demande au
nom
de ton cher Petit Georges et de ta chère
Petite Jeanne. Laisse-moi me remettre de
tous ces assauts réitérés, je t’assure que c’est le seul remède possible et peut-être
capable de me guérir que celui-là.
Tu ne t’apercevras presque pas de mon
absence. Les petits enfants de ton sang et ceux de ton génie, et le reste, combleront
facilement le petit vide de mon absence. Pendant ce temps-là, je me calmerai, je me
résignerai, je guérirai peut-être et, dans tous les cas, ce sera le repos pour toi
comme pour moi. Je t’assure, mon grand bien-aimé, mon trop aimé, que tu t’en trouveras
bien, je t’en supplie, laisse-moi essayer.
L’excès de l’amour comme l’excès de
la santé, c’est la souffrance et la mort. L’âme a sa pléthore comme le corps, la
mienne étouffe de son trop-plein. Laisse-moi essayer de l’alléger un peu dans la
solitude et dans la contemplation de notre bonheur passé.
Je t’en prie, je t’en
supplie, je te le demande au nom de tous ceux que tu regrettes et que tu aimes.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
ils emménagent rue de Clichy. Elle ignore que la liaison avec Blanche, qui n’est plus à leur service, continue.
- 19 févrierQuatrevingt-treize.
- 29 avrilIls emménagent 21 rue de Clichy.
- OctobreMes fils.
