« 7 février 1864 » [source : BnF, Mss, NAF 16385, f. 38], transcr. Marie-Laure Prévost, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.13008, page consultée le 01 mai 2026.
Guernesey, 7 février [18]64, dimanche, 3 h. après-midi.
Je t’écris le dos au feu pour pouvoir me réchauffer1, mon cher petit homme, grâce à un rhume commençant que je vais enrayer tout de suite en me brûlant la plante des pieds tout à l’heure. Cette phrase est d’une médiocre rédaction mais j’ai trop froid et j’ai trop mal à la tête pour m’en affecter plus que de coutume. Suzanne selon sa louable habitude est allée sans m’en demander la permission savoir comment allait Élisabeth. Il paraît qu’elle va un peu mieux. Le docteur Constantin qui la soigne aurait dit que c’était un grand FRET2 qu’elle aurait attrapé à la tête et pour ce fret il la purge et repurge tous les jours. Il pense que d’ici à mercredi il y aura un mieux décidé car, dit encore le docteur en question, ce genre d’indisposition dure neuf jours. Je n’ai aucune raison de douter de la science du docteur Constantin mais je ne sais pourquoi je trouve que son Fret ressemble à s’y méprendre à une fièvre typhoïde. Cette crainte ne m’empêche pas d’espérer la guérison de la pauvre fille qui se fera probablement d’autant plus vite et d’autant plus sûrement qu’elle est d’une constitution très faible. Nous en aurons la certitude dans trois ou quatre jours. En attendant il faut me laisser me débrouiller comme je pourrai avec la susdite Suzarde qui fait de son côté tout ce qu’elle peut pour ne me laisser rien à faire. Ne t’inquiète donc pas, mon cher adoré, et laisse-moi toutouner mon ménage à ma guise, ma nature étant de celle des mulets qui n’ont jamais le pas plus sûr que lorsqu’ils ont la bride sur le cou. Pourvu que tu m’aimes, je me porte bien et rien ne peut me faire mal.
1 Il fait alors très froid, et ce jour-là, Victor Hugo note dans son carnet : « neige » (Cinquième agenda, CFL, t . XII, p. 1448).
2 Mot guernesiais pour rhume et pour froid (Georges Métivier, Dictionnaire franco-normand).
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle emménage dans Hauteville II, que Hugo achète pour elle, et dont il soigne la décoration.
- 14 avrilWilliam Shakespeare.
- 16 avrilAchat du 20, Hauteville pour Juliette, qui y emménagera deux mois plus tard. La famille Hugo y avait résidé avant d’emménager à Hauteville-House. Juliette en avait signé le bail de location le 19 mai 1863.
- 5 maiPar testament, Juliette Drouet institue Victor Hugo son légataire universel, et à défaut, les enfants de ce dernier. Elle nomme Victor Hugo son exécuteur testamentaire, et à défaut, Charles, puis François-Victor.
- 15 juinPremière nuit de Juliette Drouet au 20, Hauteville.
- 25 juilletElle pend la crémaillère dans sa nouvelle maison.
- 15 août-26 octobreVoyage en Belgique, au Luxembourg et sur les bords du Rhin.
