28 mai 1860

« 28 mai 1860 » [source : BnF, Mss, NAF 16381, f. 125], transcr. Amandine Chambard, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10637, page consultée le 01 mai 2026.

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Bonjour, mon divin, mon ineffable, mon adoré bien-aimé, bonjour. Je voudrais que ce bonjour là, quand tu le liras, apparût à tes yeux comme un morceau de mon âme et que chaque lettre, chaque syllabe de cette pauvre petite restitus allassent se poser d’elles-mêmes sur ta belle bouche comme autant de baisers envolés de mon cœur.
Cher bien-aimé, quelles douces choses tu m’as écrites hier et quel bonheur et quelle gloire pour moi de les mériter1 ! Cependant je les reçois, ces tendresses divines, avec l’humble orgueil et la pieuse reconnaissance des saints et des anges nimbés et couronnés par Dieu. Va, mon cher bien-aimé, ni mes pieds, ni mon cœur, ni mon âme ne sortiront jamais de la voie de mon amour quelle quea soit la route que tu leur fasses parcourir en ce moment et dans l’autre. Tant qu’il restera une parcelle aimante de mon moi elle te suivra partout et malgré tous les obstacles. Dieu c’est combien c’est la sainte vérité que je dis là, mon cher, cher, cher bien-aimé et je sens qu’il m’en bénit dans la réciprocité de ton amour. Depuis hier j’ai une nouvelle constellation dans mon ciel étoilé2. Ce sont les sept lignes lumineuses que tu m’as écrites dont les quarante-neuf mots et les 185 lettres sont les satellites qui se meuvent autour de mon âme.


Notes

1 Victor Hugo à Juliette Drouet : « J’étais tout à l’heure seul dans ta chambre, ma bien-aimée, et sais-tu ce que je viens de faire ? J’ai baisé tes souliers qui étaient là, en les priant de ne jamais te conduire que du côté de mon amour. / 27 mai 1860. 1er dimanche après ta fête. » (édition de Jean Gaudon, ouvrage cité, p. 225.)

2 Citation de Ruy Blas, où le héros, à l’Acte III, ayant entendu la reine lui déclarer son amour, s’écrie : « Donc je marche vivant dans mon rêve étoilé ! »

Notes manuscriptologiques

a « quelque ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

Hugo se replonge dans son manuscrit des Misérables. Juliette attend impatiemment qu’il lui donne à copier.

  • 12 juinElle part à Jersey, où Hugo la rejoint le surlendemain, pour un meeting de soutien à Garibaldi.
  • 19 juinRetour à Guernesey.
  • 30 décembreHugo se remet aux Misérables.