« 2 juin 1858 » [source : BnF, Mss, NAF 16379, f. 120], transcr. Anne-Sophie Lancel, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5213, page consultée le 04 mai 2026.
Guernesey, 2 juin 1858, mardi matin, 8 h.
Bonjour, mon cher petit homme, bonjour, je t’aime et vous ? Tu n’as pas encore ouvert ta fenêtre et tes plombiers n’ont pas encore paru à l’horizon. Jusqu’à présent il n’y a que le jeune Vicquetor1 et moi qui soyons à nos petites affaires du matin. Du reste, il fait un temps brumeux, ni chair ni poisson, ni soleil et ni pluie, assez maussade et plus ouaté de rhumatismes que paré d’arc en ciel. Cela ne nous empêchera pas cependant de dîner dans le lucoot à moins qu’il ne pleuve à verse ce soir. En attendant, il faut que je tâche de mettre à jour aujourd’hui toute ma correspondance ce qui n’est pas une petite besogne car j’ai laissé amassés depuis plus de six mois un tas de compliments, de billevesées et de lieux communs auxquels je n’ai pas répondu du tout. Aujourd’hui, il faut absolument que je prenne la plume aux dents et que je flanque cinq ou six pavés sous forme de gribouillis à la tête de MES CORRESPONDANTS, lesquels les recevront sans broncher car ils ont la tête encore plus dure que mon esprit. Pour cela, il ne faut pas que je M’AMUSE, comme dit Suzanne, tant s’en faut et pour commencer je brusque le bonheur de jaboter avec vous et je vous donne à la hâte mes tendresses, mon cœur, mon âme et moi par-dessus le marché.
Juliette
1 François-Victor Hugo.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
Hugo réchappe d’un grave anthrax, qui l’immobilise et l’empêche de voir Juliette, follement inquiète, pendant plusieurs semaines.
- 11 avrilJuliette Drouet visite Hauteville-House. Expérience déprimante.
- 3 juillet-4 octobreHugo est atteint d’un grave anthrax qui manque de l’emporter. Pendant des jours, Juliette est privée de sa vue, et obtient de ses nouvelles via les servantes, et leur médecin qui l’informe.
