« 16 février 1852 » [source : BnF, Mss, NAF 16370, f. 103-104], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.8670, page consultée le 05 mai 2026.
Bruxelles, 16 février 1852, lundi soir, 4 h. ½
Je t’assure, mon doux adoré, qu’aucune mauvaise pensée ne m’a fait hâter le pas tout
à l’heure. Je t’ai suivi tout naturellement sans m’apercevoir que tu allais trop vite
pour mon infirmité et voilà comment je suis arrivée tout essoufflée à la maison mais
bien heureuse de t’y retrouver encore. Vois-tu, mon loyal petit homme, depuis le jour
béni de la sortie de prison1 de ton Charles je n’ai pas douté une seule fois de toi quoiqu’il y ait eu bien
souvent des occasions de m’étonner sur certaines anomalies d’habitudes épistolaires.
Ainsi il y aura demain quinze jours que ton fils est arrivé2 et depuis ce temps-là ta
femme ne t’a pas écrit une seule fois, si ce n’est un mot dans la lettre de son fils,
ce qui aurait dû être le contraire pour se conformer à la hiérarchie. Eh bien ! malgré
ces apparences si persistantes, je n’en continue pas moins à te croire le plus honnête
des hommes, tant il me semble impossible que tu me caches quelque chose après tant
de
serments sacrés, après les tristes épreuves que nous avons passées faute d’un peu
de
sincérité. Vois-tu, mon pauvre adoré, si tu pouvais voir tout ce que mon cœur contient
de confiance, de respect, de vénération et d’adoration pour toi tu comprendrais que
tu
ne dois plus me tromper, jamais, ma vie en dépendît-elle.
Minuit, je ne me
coucherai pas, mon bien-aimé, sans avoir achevé ce gribouillis qui contient tout mon
cœur et toute mon âme. Je me fie à toi, mon adoré, comme dans le bon Dieu. Je mets
ma
vie et mon bonheur sous la sauvegarde de ta loyauté. Et puis je t’aime dans des
éblouissements d’admiration et des extases de tendresse à faire envie aux anges. Je
baise tes chers petits pieds en signe d’adoration.
Juliette
1 Charles Hugo est libéré de prison (la Conciergerie) le 28 janvier 1852.
2 Charles rejoint son père à Bruxelles le 3 février.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle accompagne Hugo en exil, en Belgique d’abord, à Jersey ensuite.
- 5 janvierHugo s’installe au 16 de la Grand’Place à Bruxelles. Juliette habite chez ses amis Luthereau, galerie des Princes, 11 bis passage Saint-Hubert.
- 1er févrierHugo s’installe au 27 de la Grand’Place.
Charles, puis François Victor, rejoignent leur père. - 19 avrilMenacé d’expulsion, Hugo prend la décision de s’exiler à Jersey.
- 8-9 juinVente du mobilier parisien de Hugo.
- 31 juilletLa femme de Hugo, sa fille et Auguste Vacquerie arrivent à Jersey.
- 1er aoûtEmbarquement à Anvers de Hugo, son fils Charles et Juliette Drouet, pour Jersey, via Londres.
- 5 aoûtNapoléon-le-Petit publié à Bruxelles. Hugo, accompagné de son fils Charles et de Juliette, arrive en exil à Jersey.
- 5 aoûtJuliette Drouet loge à l’hôtel du Commerce, puis à Nelson Hall, puis à l’Inn Richland, au Hâvre-des-Pas.
- 16 aoûtHugo s’installe à Marine-Terrace avec les siens.
