« 15 novembre 1847 » [source : MVH, α 8006], transcr. Nicole Savy, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4407, page consultée le 09 mai 2026.
15 novembre [1847], lundi après-midi, 2 h.
Je suis encore bien patraque, mon cher petit homme, sans être positivement malade. Je me sens affadie1 et courbaturée, on ne peut pas plus. Je me suis levée, pensant que tu viendrais travailler avant ton déjeuner, car sans cela je serais probablement restée au lit toute la journée. Maintenant je n’ai plus que l’espoir de te voir tout à l’heure puisque tu vas au théâtre ce soir2. En attendant, je te gribouille mes jérémiades. Encore si cela me soulageait et te faisait venir plus tôt, cela vaudrait la peine de t’ennuyer de mes coliques. Mais comme cela n’y peut rien, je ferais mieux de renfoncer toutes mes lamentations pour ne te dire que des tendresses et ne te laisser voir que le sourire. Tout à l’heure pour me réconforter je vais me mettre à copier. Il me semble que cela me remontera et que je serai toute reverdie au bout de quelques lignes. Il faut que je me dépêche d’achever mes griffouillis pour ne pas m’interrompre et me troubler dans mon TRAVAIL. Je ne me dérangerai avec bonheur que pour vous. Tout le reste me sera odieux, si odieux même que je fais des vœux pour qu’il ne vienne personne, même ce soir. J’ai besoin d’être seule avec toi et avec ta pensée.
Juliette
1 Elle pense plus probablement : « affaiblie ».
2 À élucider. Victor Hugo a-t-il décalé sa sortie à Cléopâtre de Delphine de Girardin, où il devait aller le 13 novembre ? Y est-il retourné le 15 ?
« 15 novembre 1847 » [source : MVH, α 8007], transcr. Nicole Savy, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4407, page consultée le 09 mai 2026.
15 novembre [1847], lundi après-midi, 2 h. ½
Je poursuis mon bavardage, mon amour, avec une constance digne d’un sujet plus
aimable et d’un esprit plus varié. Ce n’est pas de ma faute, mais je suis encore plus
stupide aujourd’hui que d’habitude. Cela tient à ma bête d’indisposition probablement.
Aussi je n’y veux plus penser. Je ne veux songer qu’au bonheur de te revoir tout à
l’heure. Pourvu que tu viennes ? Je suis dans une mauvaise veine et il est à craindre
que des affaires ne te retiennent chez toi jusqu’à l’heure du spectacle1, ce dont j’enragerais bien fort car je me suis
misa dans la tête que je n’irais pas
mieux tant que je ne t’aurai pas vu.
Justement te voici, quel
bonheur !!!!!!!b
Je viens achever ici mon gribouillage pour ne pas le laisser traîner, mais je
vais un peu SABRER le STYLE pour aller bien vite auprès de toi. Ce n’est pas très
drôle de te faire des élucubrations blaireuses
par ici tandis que je peux te donner des bons baisers bien vivants en chair et en
os
par là. Merci je me dépêche un peu. Toto je t’aime. Toto je te supplie d’être bien
sage ce soir. Toto je t’adore.
Juliette
1 À élucider.
a « mise ».
b Les points de suspension courent jusqu’au bout de la ligne.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle écrit ses mémoires de couvent pour documenter l’épisode du Petit-Picpus dans Les Misérables.
- 23 janvierPremière de la reprise de Lucrèce Borgia à la Porte-Saint-Martin.
- 21 juinElle assiste avec Hugo à la messe à Saint-Mandé, pour le premier anniversaire de la mort de Claire.
- Août-septembreLiaison de Hugo avec Alice Ozy, qui est aussi la maîtresse de son fils Charles.
- 4 septembreLe corps de Claire Pradier est exhumé une seconde fois pour être placé dans un caveau au cimetière de Saint-Mandé.
- 7-9 septembreÀ la demande de Hugo qui s’en servira pour Les Misérables, Juliette écrit ses mémoires de couvent.
- 30 septembre-7 octobreVoyage en Normandie.
