« 27 octobre 1845 » [source : BnF, Mss, NAF 16361, f. 87-88], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12237, page consultée le 01 mai 2026.
27 octobre [1845], lundi, midi ¾
Bonjour, cher bien-aimé, bonjour, mon adoré petit Toto, ne me gronde pas
de ne t’avoir pas écrit plus tôt parce que ce n’est pas de ma faute.
J’ai eu trente-six rangements de plus qu’à l’ordinaire et des
nettoyagesa
de lampe sterling. Mais je pense à
toi, mon Victor chéri, je te désire et je t’aime. Je me suis levée à
sept heures ce matin pour dire adieu à ma Péronnelle. J’espère que cette dernière leçon lui
profitera. Il est bien temps en effet qu’elle devienne une personne
sérieuse et raisonnable dans le sens honnête et aimable du mot. Enfin
j’ai tant besoin d’y croire que je me fais peut-être illusion, mais je
crois que cette dernière algarade la
corrigera. Je l’ai embrassée avec cette pensée et elle s’en est allée
contente.
Je m’étais levée dans la pensée de commencer à copier de
bonne heure et voilà justement que je suis déjà en retard grâce à mille
petits détails de ménage que tu ne connais pas mais qui sont presque
impérieux. Je vais tâcher de rattraperb le temps perdu en me dépêchant le plus que
je pourrai. C’est si bon de travailler pour toi, même quand ce n’est pas
avec ta chère petite écriture que je suis bien contrariée quand quelque
chose m’arrête. Je vais faire ta tisanec tout de suite et puis me débarbouiller en
gros, et puis je copierai à mort toute la soirée. Baise-moi, mon Victor
adoré, et viens tout de suite. Je t’attends.
Juliette
a « des nétoyages ».
b « rattrapper ».
c « ta tisanne ».
« 27 octobre 1845 » [source : BnF, Mss, NAF 16361, f. 89-90], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12237, page consultée le 01 mai 2026.
27 octobre [1845], lundi soir, 8 h. ½
Je t’écris de mon lit, mon cher bien-aimé, où je suis blottie, je
pourrais même dire aplatiea, tant je souffre. Demain, j’espère, il n’y
paraîtra plus, mais pour ce soir, je suis tout à fait abasourdie. Je
t’écris avec la lumière à ma droite, ce qui fait que l’ombre de ma main
me masque tout à fait ce que j’écris. Heureusement que je n’ai pas
besoin d’y voir pour te dire que tu es mon petit homme bien aimé que
j’aime plus que plein mon cœur.
Demain je me mettrai à la besogne et de très bonne heure encore. Je
n’aurai pas à faire tous les triquemaquesb d’aujourd’hui, de
sorte que je serai prête de très bonne heure et que je pourrai copireidem. Dieu de Dieu, on ne se douterait jamais,
à voir mes stupides gribouillis que je lis Saint-Simon et que j’ai
l’honneur de vous approcher un peu tous les jours. Quand j’y pense, je
suis effrayée et honteuse de ma monstrueuse ineptie. On dit, je ne sais
pas si c’est vrai, que l’amour donne de l’esprit aux bêtes et qu’il
l’ôte à ceux qui en ont. À ce compte-là je pourrais avoir une fatuité
rétrospective en pensant que mon crétinisme actuel n’est pas entièrement
de mon fait. En attendant, j’ai trop mal à la tête. Je sens ma pauvre
cervelle qui bout dans ma tête. Je ne sais plus ce que je fais ni ce que
je dis. Si tu viens tout à l’heure, comme je le désire et comme je
l’espère, mon Toto adoré, je serai probablement mieux, la crise qui me
tient dans ce moment-ci sera probablement passée. D’ici là, pardonne-moi
d’être aussi blaireuse et aussi
ennuyeuse que je le suis, ça n’est pas de ma faute et encore moins celle
de mon amour, car il est impossible de t’aimer autant que je le fais, tu
le sais bien, n’est-ce pas mon adoré ?
Juliette
a « applatie ».
b « triquemacs ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle déménage dans une jolie petite maison avec jardin, et Hugo (moins jaloux car infidèle) relâche la surveillance étroite qu’il exerçait sur elle.
- 10 févrierJuliette déménage du 14 au 12, rue Sainte-Anastase.
- 1er marsHugo vient dîner pour la première fois dans son nouveau logement.
- 25 marsMort de M. Foucher, beau-père de Victor Hugo.
- AvrilVictor Hugo accorde à Juliette le droit de sortir seule.
- 13 avrilHugo nommé Pair de France.
- 2 juilletHugo surpris avec Léonie en flagrant délit d’adultère dans leur chambre du passage Saint-Roch, par M. Biard et la police. Juliette n’en saura rien, malgré le scandale dans les journaux.
- 8-10 septembreEscapade de Hugo, peut-être avec Léonie Biard, près de Montfermeil.
- 26 septembrePèlerinage de Juliette et Victor Hugo aux Metz.
