« 14 novembre 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16353, f. 49-50], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11546, page consultée le 01 mai 2026.
14 novembre [1843], mardi matin, 10 h. ½
Bonjour mon cher bien-aimé, bonjour mon adoré petit homme, bonjour. Je te remercie
bien de ton exactitude. Tu es bien revenu m’apporter le
livre de Custine et je t’en remercie bien. Tu es bien gentil et je suis bien infâme
de
ne pas ajouter foi à tes promesses chaque fois que tu m’en fais. Mais, en ayant
plusieurs fois des exemples de ton exactitude comme cette fois-ci, je finirai par
reprendre confiance en toi. Voime, voime. Prends
garde de la perdre vieux scélérat. Il suffit que tu me promettes quoi que ce soit
pour
que je n’y croie pas. Voilà la foi que j’ai dans vos reliques et vous ne l’avez pas
volée, convenez-en.
J’ai toujours bien mal à la tête, moins que cette nuit
cependant car cela n’aurait pas été tenable. Je vais écrire à mon propriétaire pour
qu’il m’envoie ses fumistes. J’écrirai à Mme Guérard tout à l’heure à l’occasion de la fête dont
elle avait pris soin de m’avertir l’autre jour, puis enfin à la mère Lanvin pour qu’elle n’oublie pas d’envoyer chercher
Claire samedi soir. En même temps je lui
rafraîchirai la mémoire de toutes nos affaires. J’ai toujours un courrier de [illis.] très abondant étant obligée de tout faire et de tout faire
faire par correspondance. Ce n’est pas le côté le plus amusant de ma vie car j’ai
horreur de tout ce qui ressemble à de l’écriture. J’en excepte, bien entendu, tout
ce
qui vous concerne. Ces gribouillis, loin de m’ennuyer, servent au contraire à me faire
prendre patience, comme les gens qui prennent des pilulesadigestives en attendant le dîner.
Baisez-moi cher
bien-aimé et tâchez de venir me voir en allant à l’Académie. Je vous baiserai bien
pour la peine.
Juliette
a « pillules ».
« 14 novembre 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16353, f. 51-52], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11546, page consultée le 01 mai 2026.
14 novembre [1843], mardi soir, 4 h.
Vous étiez bien beau et bien matinal, mon Toto, où alliez-vous donc comme ça ? L’imprimerie ne m’a pas fait une fameuse IMPRESSION, avec votre permission, et j’aurais donné je ne sais quoi pour être prête et pouvoir vous suivre où vous alliez. Je suis toujours très jalouse, mon Toto, parce que je vous aime toujours. Moi ça n’est pas comme vous, vous n’êtes plus jaloux du tout. Si vous croyez que je ne m’en aperçois pas, vous vous trompez de tout au tout. Je m’en suis aperçuea dès le premier jour, dès la première minute. De vous à moi rien ne m’échappe. Ça n’est pas ce qu’il y a de plus heureux dans des cas comme celui-ci. Vous m’avez trouvé dans un appareil peu attrayant, je ne vous attendais pas, ce qui fait que je n’étais pas sous les armes. Si j’avais pu espérer que vous viendriez ce matin je me serais attiféeb un peu mieux. Il faudra que je reprenne l’habitude de me soigner comme autrefois. Je trouve vraiment que je me laisse trop aller à l’ébouriffement et à la vieille sorcière. C’est que je suis si découragée, vous venez si peu que je suis dégoûtée de ma personne. Pour un rien je la jetterais aux vieilles guenilles pour que ni moi ni toi n’ayons plus à nous en occuper. Au reste je m’aperçois que mon gribouillis est aussi maussade et aussi dépenaillée que ma carcasse. Cela tient à ce que je ne vous ai pas assez vu tantôt. Justement vous voici, je vais prendre ma revanche.
7 h. ¼
Merci mon pauvre adoré, merci de ta chère petite promenade. Elle m’a fait le plus grand bien. Mais je ne veux pas que tu souffres toi. Ne t’inquiète pas de ta gorge mon cher amour, ce ne sera rien. J’en suis sûre. Mille millions de baisers.
Juliette
a « aperçu ».
b « attiffée ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
les répétitions et la création des Burgraves à la Comédie-Française sont compliquées par un procès et une cabale. Au retour de leur voyage en Espagne et dans les Pyrénées, ils apprennent la mort par noyade de Léopoldine, fille aînée de Hugo.
- Janvier-févrierRépétitions des Burgraves. Le rôle de Guanhumara ayant été retiré à Mlle Maxime, on cherche à la remplacer. Après Mlle Fitz-James, c’est Mme Mélingue qui est finalement choisie.
- 14 et 15 févrierMariage de Léopoldine Hugo et Charles Vacquerie.
- 7 marsPremière des Burgraves à la Comédie-Française.
- PrintempsHugo fait la connaissance au printemps de la femme de lettres Léonie d’Aunet, épouse Biard, et débute avec elle une liaison au printemps, ou à l’automne, ou en mai 1844, qui ne sera révélée à Juliette Drouet qu’en 1851.
- 18 juillet-12 septembreVoyage en Espagne et dans les Pyrénées, interrompu par la nouvelle de la mort de Léopoldine Hugo, noyée dans la Seine, à Caudebec, près de Villequier, avec son mari Charles Vacquerie, le 4 septembre. Hugo l’apprend le 9, en lisant le journal, à Rochefort. Léopoldine a été enterrée le 6 septembre, à Villequier. Retour précipité à Paris.
