« 28 octobre 1879 » [source : BnF, Mss, NAF 16400, f. 258], transcr. Apolline Ponthieux, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.7924, page consultée le 04 mai 2026.
Paris, 28 oct[obre] [18]79, mardi matin, 8 h.
Cher bien-aimé, « je te donne à cette heure, penchée sur toi, la chose la meilleure
que j’ai en moi……. mon cœur dont rien ne reste, l’amour ôté »1. Comme tous les
plagiaires « je prends mon bien où je le trouve »2. Je te supplie d’en faire autant envers moi-même en prenant
mon cœur pour le tien et réciproquement en libre pratique comme d’éternels grands
amoureux que nous devons être l’un de l’autre et que, pour ma part, je suis et serai
tant que mon âme vivra. Je te souris et je te bénis. J’attends le lever de Mariette pour savoir comment tu as passé la nuit
mais d’avance j’espère qu’elle se sera très bien passée.
Mme Jules Simon m’a écrit une lettre
bien pressante et bien triste, au fond, au sujet de la publication des Misérables dans le journal de ses fils3 qui aurait, le journal4, le plus grand besoin de ce
puissant renfort pour se relever et qui te le font demander avec persistance et comme
le plus grand service que tu puissesa
leur rendre en ce moment. Tu verras par la lettre de leur mère combien la chose presse
et de quelle importance elle est pour eux. Pour ma part je regretteraisb bien vivement que tu ne
puissesc pas le faire. J’aime et
j’estime Mme Jules Simon pour son propre mérite d’abord,
et parce que je sens qu’elle est inquiète et malheureuse pour le présent et l’avenir
de ses enfants : toutes choses qui doivent toucher ton grand cœur. Il serait bien
malheureux pour eux que des empêchements insurmontables s’opposassent à ton besoin
d’obliger quand même et toujours. J’espère que non et je t’en remercie avec
reconnaissance pour eux.
[Adresse]
Monsieur Victor Hugo
1 Citations de « Puisqu’ici-bas toute âme… » de Victor Hugo, poème figurant dans Les voix intérieures : « Je te donne, à cette heure, / Penché sur toi, / La chose la meilleure / Que j’aie en moi ! », « Reçois, mon bien céleste, / Ô ma beauté, / Mon cœur, dont rien ne reste, / L’amour ôté ! ».
2 Citation de Molière, qui aurait répondu ainsi à ceux qui l’accusaient d’avoir plagié une scène du Pédant joué de Cyrano de Bergerac dans Les Fourberies de Scapin.
4 Il s’agit du quotidien Le Petit Nord, créé le 30 octobre 1878.
a « puisse ».
b « regretterai ».
c « puisse ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
ils montent dans un ballon captif et font un voyage à Veules et à Villequier.
- FévrierLa Pitié suprême.
- 28 févrierDiscours pour l’amnistie.
- 21 marsMort de Léonie Biard.
- 5 juilletIls montent dans un ballon captif au-dessus de la cour des Tuileries.
- 28 août-11 septembreSéjour à Veules (chez Paul Meurice) et à Villequier (chez Auguste Vacquerie)
- 2 décembreBlanche Lanvin épouse Émile Rochereuil.
