« 13 octobre 1837 » [source : BnF, Mss, NAF 16331, f. 269-270], transcr. Sylviane Robardey-Eppstein, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.7532, page consultée le 02 mai 2026.
13 octobre [1837], vendredi, midi ¾
Ce n’est pas quand tu te montres à moi dans toute ta splendeur et dans toute ta
magnificence, mon cher bien-aimé, que ma bouche s’ouvrira pour te louer et pour
t’admirer. Je suis trop ravie et trop éblouie pour ne pas être muette. Je sens que
je
t’aime plus que tu n’es grand mais je ne peux pas te le dire. Je sais que si Dieu
se
montre jamais à moi ce sera sous ta forme, car tu es ma foi, tu es ma religion et
mon
espoir. Je sais cependant bien que ce n’est pas pour moi seule que ton beau ciel
s’illumine de tant de brillantes étoiles, mais s’il est dans ta nature de rayonner
sur
toutes les intelligences, il est dans la mienne de t’aimer et de t’adorer
exclusivement. Merci donc mon cher bien-aimé, merci de tes beaux vers1. Hier en te demandant un petit bout de lettre à baiser, je ne
pensais pas recevoir une merveille à admirer. Je demandais une perle, vous me donnez
un diamant. Je ne me plains pas, surtout si la flamme de votre âme et le feu de votre
génie se sont combinés ensemble pour me donner ce gage d’amour que je garderai toute
ma vie, sans détourner de dessus ma pensée et mon adoration.
Cher bien-aimé, je
vous permets de consulter toutes les magnétiseuses de la terre2 car s’il est vrai qu’elles disent tout ce qui se passe
dans les cœurs, elles vous feront un fameux tableau de ce qui se passe dans le mien,
SANS VANITÉ.
Je voudrais bien qu’une d’elles pût être utile à mon cher petit
Toto. À ce compte je consens à proclamer sa science et SA LUCIDITÉ partout, avec
accompagnement de cymbalesa.
Je t’aime. Vous aviez bien besoin de mettre à votre esprit son beau manteau de rubis
et de diamants pour faire mieux ressortir le sac de toile dont le mien est revêtu.
Mais si votre esprit rayonne, mon cœur brûle, ça se ressemble toujours un peu. Et
puis
si vous êtes le plus beau et le plus ravissant des hommes, moi je suis la plus aimante
des femmes. Jour mon To. Je t’aime de toutes mes forces.
Juliette
1 Victor Hugo a écrit la veille le poème « Quand tu me parles de gloire », adressé implicitement à Juliette et qui sera publié dans Les Rayons et les Ombres. C’est l’avant-dernière strophe qui inspire Juliette dans sa lettre : elle se réapproprie la métaphore filante du rayonnement amoureux et spirituel.
2 Hugo semble bien avoir consulté une voyante à cette époque (voir la lettre du 16 octobre au soir).
a « cimballes ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
ils voyagent en Belgique, où elle prend le train pour la première fois.
- 20 févrierMort d’Eugène, frère de Victor Hugo, à Charenton.
- 26 juinLes Voix intérieures.
- 3 juilletPromu officier de la Légion d’Honneur.
- 14 août-14 septembreVoyage avec Hugo en Belgique et dans le nord de la France.
