« 30 juillet 1836 » [source : BNF, mss, NAF 16327, f. 198-199], transcr. Nicole Savy, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.7565, page consultée le 24 janvier 2026.
30 juillet [1836], samedi après-midi, 3 h.
Cher petit ange j’ai été bien absurde ce matin, je t’en demande bien beaucoup
pardona. Je suis si avide de toi
et de bonheur qu’aussitôt que quelque nuage paraît devoir troublerb ce bonheur si désiré je suis comme une
folle furieuse. Je suis méchante comme unec OIE mais cela ne m’empêche pas de t’aimer de toute mon âme et d’être
heureuse après tout.
Je pense qu’il y a un an dans ce temps-ci nous étions si
heureux et si libres au soleil et dans les champs que je voudrais bien y être
encore1. Qu’est-ce que je ne donnerais pour cela. Enfin il
faut ce qu’ild faut et il faut se
résigner à attendre le bonheur pendant onze mois sur un an.
Je me suis décidée à
faire découdre les deux matelas à la fois pour être plus tôt débarrassée. La
matelassière a trouvé un moyen d’envelopper la laine à merveille. J’ai beaucoup à
travailler aujourd’hui pour réparer ces toiles avant de les donner à blanchir.
Heureusement ça ne m’empêchera pas de penser à toi et de t’aimer autant que si tu
étais là.
Je commence à être autant encombrée de mes lettres que de celles de tes
correspondants. J’ai bien envie de les jeter au feu. Il n’en restera plus rien que
mon
amour, c’est-à-dire ma vie dans ce monde et dans l’autre, ce qui est déjà un très
bon
reste.
Juliette
1 Juliette évoque leur voyage de juillet-août 1835, en Picardie et en Normandie.
a « pardons ».
b « troublé ».
c « un ».
d « qui ».
« 30 juillet 1836 » [source : BNF, mss, NAF 16327, f. 200-201], transcr. Nicole Savy, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.7565, page consultée le 24 janvier 2026.
30 juillet [1836], samedi soir, 7 h. ½
C’est très joli ce que je viens de faire là1. Je voulais dire qu’il
était sept heures et demie à ma pendule, c’est-à-dire qu’il fait nuit partout. J’ai
travaillé sans lever le nez depuis que tu es parti. J’ai encore beaucoup à faire avant
de me coucher2.
Et puis vous ne saurez
jamais à quel point je vous aime. Vous ne saurez jamais à quel point vous êtes ma
vie
et ma joie. Car ce ne sera pas moi qui vous l’apprendrai, puisque je ne connais aucune
langue qui traduise ce que je sens pour vous.
Mon cher petit bijou d’homme je
vais me tenir à quatre pour vous attendre avec patience, après quoi si je n’en viens
pas à bout ce ne sera pas ma faute et je n’aurai rien à me reprocher.
Je trouve
que le temps s’est beaucoup rafraîchia. Ce soir prenez garde de vous enrhumer, vous êtes sans
caleçon, et puis vous travaillezb, vous avez chaud, prenez garde à vous. Je ne veux pas que vous
soyez malade. Cela est assez bon pour moi qui suis faible,
et qui d’ailleurs aic besoin d’un SERUSIEN3.
Si je ne vous vois pas comme c’est très probable, je
vous donne le bonsoir avec une foule de baisers plus tendres et plus amoureux les
uns
que les autres. Bonsoir mon petit Toto, dors bien mon cher petit homme. Je t’aime,
je
pense à toi, je t’adore.
Juliette
1 Juliette avait commencé à écrire « Il est sept… » et l’a raturé.
2 Il s’agit de travaux de couture annoncés dans la lettre précédente, sur des toiles à matelas.
3 « Cerusien », forme dialectale de « chirurgien » et sens général de « médecin »…
a « raffraîchi ».
b « travailler ».
c « ait ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle refuse un engagement à la Porte-Saint-Antoine. Hugo l’emmène en voyage en Normandie et en Bretagne, où elle revoit Fougères, sa ville natale.
- JanvierElle refuse un engagement au Théâtre de la Porte-Saint-Antoine.
- 8 marsElle emménage au 14 rue Sainte-Anastase.
- 23 marsHugo donne une mèche de ses cheveux à Juliette.
- 26 marsReprise d’Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française. Marie Dorval joue la Tisbe, Mlle Volnys joue Catarina.
- 15 juin-21 juilletVoyage avec Hugo en Normandie. Le 22 juin, étape à Fougères où elle n’était pas revenue depuis l’enfance.
- 14 novembreLa Esmeralda à l’Opéra (musique de Louise Bertin, fille de Bertin aîné, sur un livret de Hugo).
- 8 décembreMort en bas âge de son neveu Michel-Ernest Koch.
