« 9 février 1864 » [source : BnF, Mss, NAF 16385, f. 40], transcr. Marie-Laure Prévost, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.13010, page consultée le 25 janvier 2026.
Guernesey, 9 février [18]64, mardi, 1 h. après-midi
Ma conscience ne me reproche rien et pourtant j’ai tort1 puisque tu le dis. Je te demande donc pardon de ce tort inconscient. Permets-moi seulement de garder mon libre arbitre pour tout ce qui ne concerne que moi, car je sens qu’il m’est de toutea impossibilité de plier ma nature à de certaines complaisances que ma raison et mon cœur réprouvent également. Je ne te dois compte que de mon amour et de ma probité et Dieu sait si depuis le premier jour où je me suis donnée à toi jusqu’à aujourd’hui je t’ai fait tort d’un seul battement de cœur et si mon honnêteté vis-à-vis de toi a été scrupuleusement observée en toute chose. Si tu pouvais en douter une seconde ce serait un si grand déni de justice que le démon lui-même en aurait honte pour toi. J’ai l’âme profondément attristée de ce qui vient de se passer entre nous tout à l’heure et je le regrette d’autant plus amèrement que mardi2 est pour mon cœur un jour à jamais béni. Que Dieu me pardonne de l’avoir troublé par mon impatience. Je suis punie par où j’ai péché mais tu ne devrais pas en avoir le contrecoup. Je ne crois pas que mes yeux me permettent de sortir aujourd’hui. J’espère que tu ne le trouveras pas mauvais et que tu ne m’attendras pas au rendez-vous habituel. Je vais tâcher de me faire une figure pour ce soir en attendant je t’aime.
J.
1 On ignore le motif de cette dispute.
2 Le 16 février 1833, date de « l’Anniversaire », n’était pas le mardi gras, mais c’est ce dont les amants se souviennent malgré tout, et Victor Hugo l’indique lui-même dans Les Misérables (V, 6, 1) : « Or, nous notons ce détail pour la pure satisfaction d’être exact, il se trouva que le 16 était un mardi gras. »
a « tout ».
« 9 février 1864 » [source : BnF, Mss, NAF 16385, f. 41], transcr. Marie-Laure Prévost, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.13010, page consultée le 25 janvier 2026.
Guernesey, 9 février [18]64, mardi-gras, 3 h. après-midi
Mon doux adoré je te souris, je souris à notre demi anniversaire1, je t’aime, je suis heureuse, je te bénis, je t’adore. Je vais aller te rejoindre tout à l’heure pour que tu sois bien sûr que toutes les vilaines choses douloureuses de tout à l’heure sont dissipées. J’espère qu’il n’en restera aucune trace non plus dans ton esprit et dans ton cœur. Soyons heureux et GEAIS, puisque nous nous aimons, plus encore aujourd’hui, si c’est possible que les autres jours, en souvenir de notre première nuit de NOCES. Je suis impatiente de te revoir parce que je crains que tu ne souffres et que tu ne sois triste. J’ai le cœur plein de regrets et de tendresse. J’ai hâte d’être auprès de toi pour te demander pardon et pour voir ton sourire qui est ma joie et mon soleil. Je reviendrai après finir tous mes petits arrangements intérieurs car je tiens à ce que rien ne manque à notre petit Festival de ce soir. Il n’est pas jusqu’aux petits oiseaux que je n’aie invité à un banquet monstre sur mon gazon, lesquels s’en donnent à bec que veux-tu. Il y en a en ce moment même une petite foule toute bigarrée des plus jolies couleurs qui se gorgent avec des petits cris de joie, peut-être de reconnaissance, qui sait ? tout à fait réjouissants. Cher, cher adoré pardonne-moi je te le demande le cœur contrit et l’âme débordant de tristesse.
1 Victor et Juliette fêtent le mardi-gras comme date de leur anniversaire, et aussi la nuit du 16 au 17 février, en confondant les deux, puisque ni le 16 ni 17 février 1833 n’étaient un mardi-gras.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle emménage dans Hauteville II, que Hugo achète pour elle, et dont il soigne la décoration.
- 14 avrilWilliam Shakespeare.
- 16 avrilAchat du 20, Hauteville pour Juliette, qui y emménagera deux mois plus tard. La famille Hugo y avait résidé avant d’emménager à Hauteville-House. Juliette en avait signé le bail de location le 19 mai 1863.
- 5 maiPar testament, Juliette Drouet institue Victor Hugo son légataire universel, et à défaut, les enfants de ce dernier. Elle nomme Victor Hugo son exécuteur testamentaire, et à défaut, Charles, puis François-Victor.
- 15 juinPremière nuit de Juliette Drouet au 20, Hauteville.
- 25 juilletElle pend la crémaillère dans sa nouvelle maison.
- 15 août-26 octobreVoyage en Belgique, au Luxembourg et sur les bords du Rhin.
