« 5 avril 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16326, f. 272-273], transcr. André Maget, rév. Guy Rosa, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.2150, page consultée le 24 janvier 2026.
5 avril [1836], mardi matin, 10 h. ½
Bonjour, mon cher adoré. Je t’écris sans savoir l’heure parce que la pendule s’est
arrêtée sur minuit juste comme si elle avait marqué le bonheur.
Je t’aime, toi ; je vous adore, vous ; vous
êtes ma joie et mon orgueil. Vous êtes mon Toto chéri. La bonne vient de me rapporter
l’heure. Hier au même moment j’étais bien heureuse. Je sais bien avec qui. Aujourd’hui, je suis bien triste. J’ai un grand vide dans mon
bonheur, bien plus grand que celui qui me blesse les yeux. Et cependant, il dépendrait
de vous que je sois moins seule et moins délaissée.
J’espère, mon cher petit Toto, que votre cher Victor Hugo1 n’aura pas
souffert cette nuit puisque je n’ai pas eu ta chère petite visite. Tant mieux pour
lui
et pour toi, tant pis pour moi seule.
Le temps me paraît très au beau, nous
devrions en profiter pour chercher aujourd’hui même une pension pour Claire, car plus nous tardons, plus il y a
urgence.
Je t’aime, mon Victor adoré, tu ne le sauras jamais autant que c’est
vrai, mais je t’aime de toute mon âme. S’il est vrai qu’il existe une communication
magnétique entre deux cœursa qui
s’aiment, tu sentiras à présent même que je te désire et que je t’appelle de toutes
les forces de mon amour.
Juliette
a Au-dessus de ces mots « tu entendras » est vraisemblablement un ajout mal placé à « tu sentiras ».
« 5 avril 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16326, f. 274-275], transcr. André Maget, rév. Guy Rosa, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.2150, page consultée le 24 janvier 2026.
5 avril [1836] mardi soir, 8 h. ½
Chère âme, que je t’aime ! Je t’aime trop, car cela m’empêche d’avoir une pensée
quelconque autre que la tienne, et que je crains de t’ennuyer à force de te répéter
toujours la même chose.
Je vous défends dorénavant de faire le séducteur avec moi en m’offrant ce qui
fait le bonheur et la damnation d’une femme, des chapeaux de paille cousue
délirantsa et des toilettes du
dernier goût.
Savez-vous, mon cher bijou, que mon doigt me fait tant de mal que
je peux à peine tenir ma plume et qu’il faut absolument vous aimer pour s’en fiche ? Oh ! oui, je t’aime, c’est bien vrai, je me mire dans
tes yeux, je me trouve belle de ta beauté, je ne pense plus à rien quand je te vois,
j’oublie tout, je me fonds dans toi, je respire avec toi. Je ne suis plus moi, je
suis
toi, je suis ce qui t’aime, ce qui t’admire, ce qui t’adore, je suis ta pauvre Juju,
ton pauvre chien fidèle.
Je t’ai demandé de me mener à Angelo1 parce que c’est un moyen de te voir
quelques instants plus tôt, mais je serai encore bien plus contente si tu viens très
tôt et si tu restes avec moi. Les caresses et l’amour ne sont épuisés, va. J’en ai
encore un bon petit magasin que je mets à ta disposition comme mon cœur.
Juliette
1 Angelo tyran de Padoue, créée l’année précédente à la Comédie-Française, et reprise en 1836.
a « délirant ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle refuse un engagement à la Porte-Saint-Antoine. Hugo l’emmène en voyage en Normandie et en Bretagne, où elle revoit Fougères, sa ville natale.
- JanvierElle refuse un engagement au Théâtre de la Porte-Saint-Antoine.
- 8 marsElle emménage au 14 rue Sainte-Anastase.
- 23 marsHugo donne une mèche de ses cheveux à Juliette.
- 26 marsReprise d’Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française. Marie Dorval joue la Tisbe, Mlle Volnys joue Catarina.
- 15 juin-21 juilletVoyage avec Hugo en Normandie. Le 22 juin, étape à Fougères où elle n’était pas revenue depuis l’enfance.
- 14 novembreLa Esmeralda à l’Opéra (musique de Louise Bertin, fille de Bertin aîné, sur un livret de Hugo).
- 8 décembreMort en bas âge de son neveu Michel-Ernest Koch.
