« 30 décembre 1835 » [source : BnF, Mss, NAF 16325, f. 280-281], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9723, page consultée le 24 janvier 2026.
30 décembre [1835], mercredi matin, 10 h. ¾
Mon cher petit homme bien aimé, tu as bien fait d’être revenu cette nuit, mais tu
aurais mieux faita
encore si tu étais resté, ne fût-ceb que pour te reposer un peu.
Nous avons été tous les deux un peu
mouzons hier au soir et nous en avons tout à
fait le droit tous les deux. Une autre fois, je suis sûre que je ne me laisserai pas
distraire sous aucun prétexte de l’éternelle préoccupationc de ma vie.
Pauvre
bien-aimé, tu dois être bien fatigué car enfin tu as passé toute la nuit, si je me
souviens bien de tes paroles : Je retourne travailler. Il
faut, mon pauvre ange, bien de l’amour de ma part. Il faut que je sente que je
mourrais de ne pas te voir et il faut que je croie que tu ne pourrais pas vivre sans
moi pour accepter une pareille condition d’existence.
Je reçois à l’instant une
lettre de Saumur1, c’est-à-dire plusieurs lettres. Tu les verras, tu les
apprécieras.
Mon cher petit Toto, il fait bien doux aujourd’hui. Si tu sors, tu
ne peux pas faire autrement que de me venir chercher. Je suis sûre, au moins, d’avoir
quelques instants de bonheur. Tu viendras, n’est-ce pas ? Et tu m’aimes ? Et tu ne
serasd pas moins heureux
qu’autrefois quand je te dirai cinq petits mots
ravissantse ?...f
Je t’aime, je t’aime, je t’aime, je t’aime, je t’aime…
J.
1 Claire Pradier y est en pension chez Mlle Watteville depuis 1834.
a « tu aurais mieux fais ».
b « ne fusse ».
c « préocupation ».
d « tu ne sera ».
e « ravissant ».
f Des points courent jusqu’au bout de la ligne.
« 30 décembre 1835 » [source : BnF, Mss, NAF 16325, f. 282-283], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9723, page consultée le 24 janvier 2026.
30 décembre [1835], mercredi soir, 8 h. ½
Vous m’avez bien attrapée tantôt en me parlant de Mlle E. ? L.1. Si vous saviez le mal que vous me faites
chaque fois que vous prononcez un nom de femme quelconque, vous ne le feriez pas si
souvent et de gaieté de cœur comme vous le faites.
Mon cher petit Toto, si vous
venez ce soir de bonne heure, je vous promets de penser à quelque chose de très
gentil.
Mon dîner a été interrompu par un violent coup de sonnette : avec cette
bravoure qui me caractérise, je me suis fait suivre de mon pourfendeur, Turlurette. Arrivéea à la porte, j’ai demandé avec ma voix terrible : « QUI EST
LA ? » Une voix fort peu martiale m’a répondub de la part de M. Manière. J’ai ouvert la place au susditc saute-ruisseau qui m’apportait une lettre à laquelle j’ai
répondu aussitôt. Vous voyez, mon cher bijou, que ma soirée n’a pas été sans
événement. J’en attends cependant encore un, mais le plus beau, le plus charmant,
le
plus heureux de ma vie. C’est votre adorable petite personne. Oh ! Je vous promets
de
ne pas faire de façon pour l’admettre dans la place.
J.
1 À identifier.
a « arrivé ».
b « m’a répondue ».
c « au au susdit ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle regrette de ne pas jouer le rôle de la courtisane Tisbe, où elle se reconnaît, dans Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française, mais se voit célébrée dans plusieurs poèmes du recueil Les Chants du crépuscule.
- 28 avrilPremière d’Angelo tyran de Padoue.
- 25 juillet-22 aoûtVoyage avec Hugo en Normandie et en Picardie.
- 9 septembre-13 octobreTandis que Hugo séjourne aux Roches, chez les Bertin (du 10 septembre au 12 octobre), Juliette habite encore la petite maison des Metz.
- 17 octobreLes Chants du crépuscule.
- 15 novembreNaissance de (Jean-)Louis et Michel-Ernest Koch, neveux de Juliette Drouet.
