« 14 mai 1848 » [source : MVH, 8082], transcr. Anne Kieffer, rév. Michèle Bertaux, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4860, page consultée le 24 janvier 2026.
14 mai [1848], dimanche matin, 7 h. ½
Bonjour, mon petit homme affairé et pressé… de ne pas me voir, bonjour, je vous aime mais je bisque. Je vous ai attendu jusqu’à onze heures et demie hier et puis je me suis verrouillée en désespoir de cause. Je ne grogne pas parce que je sens que tu es triste dans ce moment-ci et que je ne veux pas ajouter ma maussaderie à la trop sérieuse préoccupationa que te cause le projet du voyage de Charles1. J’espère que tout cela s’arrangera mieux que tu ne penses et qu’au moment de quitter sa famille ce jeune garçon y regardera à deux fois. Je l’espère parce que je le désire et je le désire parce que je ne peux pas supporter la pensée d’un chagrin pour toi. Aussi tu as bien fait de ne pas venir hier au soir si c’était pour t’occuper de ta famille. À force de t’aimer je trouve même du bonheur à t’avoir fait ce sacrifice. Et puis j’espère que tu m’en dédommageras bientôt. En attendant je vis dans le souvenir du passé et je t’adore de toutes mes forces.
Juliette
1 Juliette Drouet fait-elle allusion au projet de Charles Hugo – alors secrétaire au ministère des relations extérieures auprès de Lamartine – de partir comme aspirant diplomatique à l’ambassade du Brésil ?
a « préocupation ».
« 14 mai 1848 » [source : MVH, 8083], transcr. Anne Kieffer, rév. Michèle Bertaux, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4860, page consultée le 24 janvier 2026.
14 mai [1848], dimanche, midi
Il me tarde de te voir, mon bien-aimé, pour savoir où tu en es de tes affaires. Non par frivole curiosité mais parce que je t’aime et que tout ce qui te touche m’intéresse plus que ce qui me regarde personnellement et puis je te verrai, ce qui est l’unique joie de ma vie. Je sais bien que tu ne t’aperçois guère si je ne suis occupéea que de toi, si je t’admire, si je t’aime, si je t’adore puisque tu lis les journaux et que c’est à grand peine que je parviens à te faire lever les yeux deux ou trois fois. Mais enfin cela me suffit, je te vois, je suis heureuse. La journée me semble déjà bien longue. Est-ce que tu ne vas pas bientôt venir ? Je le voudrais. Je compte les minutes. C’est une noble occupation. Je le sais mais j’aime mieux te baiser. Dépêche-toi donc à venir si tu veux me rendre bien heureuse. Dans le cas où tu ne le pourrais pas je te pardonne et je t’attends avec un redoublement d’impatience et d’amour. Pense à moi, mon Toto, pour que je le sente, que je sois moins malheureuse de ton absence.
Juliette
a « occupé ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
Hugo est élu à l’Assemblée Constituante ; d’abord effrayée par la Révolution, elle porte secours à des victimes de la répression, et déménage cité Rodier.
- FévrierRévolution de Février : Hugo soutient d’abord la cause d’une régence ; refuse la mairie, et le poste de ministre de l’Instruction Publique proposé par Lamartine.
- 4 juinHugo est élu au scrutin complémentaire à l’Assemblée Constituante.
- 24 juinHugo fait partie des 60 commissaires nommés par la Constituante pour rétablir l’ordre.
- 1er juilletLa famille Hugo quitte la place des Vosges pour la rue de l’Isly.
- 11 septembreDiscours de Hugo pour la liberté de la presse.
- 15 septembreDiscours de Hugo contre la peine de mort.
- 15 octobreLa famille Hugo quitte la rue de l’Isly pour la rue de la Tour d’Auvergne.
- NovembreElle s’installe cité Rodier.
- 27 décembreMort de sa nièce Marie-Louise Koch.
