« 14 septembre 1835 » [source : BnF, Mss, NAF 16324, f. 256-257], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11084, page consultée le 24 janvier 2026.
Aux Metz, lundi matin [14 septembre 1835], 8 h.
Bonjour, mon adoré, bonjour, ma joie. Il me semble que le temps à l’air de se dérider
ce matin, mais ne nous hâtons pas de bien augurer. Nous avons encore la leçon d’hier
imprégnée dans nos habits. Cependant, je voudrais bien qu’il fît beau, d’abord parce
que je te verrais une demi-heurea plus tôt, ensuite parce [que] nous irions visiter
ensemble quelqu’un de ces lieux où nous avons été si heureux l’année passée.
J’ai toujours bien mal à la main. Le cataplasme n’y a pas fait grand chose, sinon
rien
du tout que de barbouiller mon lit. J’ai là un bain d’eau de guimauve que je vais
prendre, peut-être cela me fera-t-il du bien. Ma nuit n’a pas été aussi bonne qu’à
l’ordinaire. Ce bête de bobo m’a agitéeb comme si c’était quelque chose. J’en ai été du reste très peu
incommodéec puisque tout le
temps que je n’ai pas dormi, j’ai pensé à toi, je t’ai aimé et je t’ai désiré bien
fort. Voici ce que j’ai fait hier de ma soirée comme tu le verras. Je t’ai écris à
7 h, j’ai lud mes journaux, j’ai dîné à
8 h., j’ai lue les deux derniers actes
de Marie Tudor, j’ai mis mes papillotesf, j’ai remis un second cataplasme, puis je me suis couchée
à 10 h ½. J’ai essayég de lire
quelques instants, ensuite j’ai éteint ma bougie et enfin je me suis endormie dans
votre pensée. J’oubliais de te dire que j’avais été après ton départ entre deux pluies
avec la mère Labussière1 chercher des prunes dans le jardin.
Voilà ma vie. Est-ce bien
triminel ? Et puis je vous aime, et puis je vais vous voir bientôt.
1 M. et Mme Labussière sont les locataires de la maison où loge Juliette aux Metz.
a « une demie heure ».
b « m’a agité ».
c « incommodé ».
d « lue ».
e « lue ».
f « papillottes ».
g « essayée ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle regrette de ne pas jouer le rôle de la courtisane Tisbe, où elle se reconnaît, dans Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française, mais se voit célébrée dans plusieurs poèmes du recueil Les Chants du crépuscule.
- 28 avrilPremière d’Angelo tyran de Padoue.
- 25 juillet-22 aoûtVoyage avec Hugo en Normandie et en Picardie.
- 9 septembre-13 octobreTandis que Hugo séjourne aux Roches, chez les Bertin (du 10 septembre au 12 octobre), Juliette habite encore la petite maison des Metz.
- 17 octobreLes Chants du crépuscule.
- 15 novembreNaissance de (Jean-)Louis et Michel-Ernest Koch, neveux de Juliette Drouet.
