3 juillet 1851

« 3 juillet 1851 » [source : BnF, Mss NAF 16369, f. 99-100], transcr. Anne Kieffer, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.867, page consultée le 05 mai 2026.

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Bonjour, mon ineffable bien-aimé, bonjour. Ne souffre pas ni de l’influence mauvaise du temps, ni de rien. Guéris-toi, aime-moi et laisse-moi t’aimer et puis confions-nous à Dieu qui voit le fond des âmes. Depuis hier ma douleur que je croyais incurable s’est transfigurée en un avenir d’amour et de bonheur. Je ne souffre plus, je t’aime, je ne me défie plus, tu m’aimes. L’enfer est devenu le paradis dont tu es le dieu vivant respecté, vénéré et adoré comme auparavant. J’ai le cœur plein de saintes espérances. Je te souris et je baise tes pieds lavés par mes larmes de pardon et de reconnaissance. Je suis heureuse, bien heureuse, d’un bonheur que rien ne peut exprimer que ces deux mots : tu m’aimes et je t’aime.
Hier au moment où je passais devant ta porte une petite voiture qu’un domestique venait d’amener entrait dans ta cour. J’ai pensé que c’était pour toi. J’aurais voulu te voir partir pour te jeter mon âme et mes baisers au passage mais je n’ai pas osé, dans la crainte de me faire remarquer par ton entourage. J’ai dû me contenter de baiser du regard le seuil de ta porte et je suis rentrée chez moi. À peine étais-je à la maison que Vilain y arrivait dans son empressement à m’obliger. Grande a été sa surprise lorsqu’au lieu de lui prendre son argent je lui ai rendu celui que je lui devais. Mais plus grande a été sa joie quand je lui ai dit que je t’avais tout appris et que tu avais été ineffablement bon et généreux. Ce pauvre garçon t’aurait touché si tu avais pu voir l’expression d’admiration et de bonheur que ses paroles et ses yeux exprimaient à la fois. J’étais fière et heureuse de te montrer dans toute la splendeur de ta bonté. Je voudrais faire de mon amour tous les rayons de ta gloire.

Juliette

Cette année-là…
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Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle apprend la liaison de Hugo avec Léonie Biard (qui dure depuis 7 ans), et le sauve quand il est recherché par la police après le coup d’État.

  • 1851Hugo visite les caves de Lille.
  • 11 juinCharles Hugo, défendu par son père en cour d’assises, condamné à six mois de prison pour un article contre la peine de mort.
  • 28 juinJuliette Drouet reçoit le paquet des lettres d’amour de Hugo à Léonie Biard, que celle-ci lui envoie pour l’informer de leur liaison.
  • 17 juilletDiscours de Hugo contre la révision de la constitution.
  • 15 septembreFrançois-Victor et Paul Meurice condamnés à neuf mois de prison pour avoir réclamé dans un article le droit d’asile pour les proscrits.
  • 21-23 octobreExcursion vers Melun et Fontainebleau.
  • 26-27 octobreAutre excursion.
  • 2 décembreCoup d’État de Louis-Napoléon Bonaparte. Hugo est l’un des sept membres du Comité de résistance.
  • 11 décembreHugo part en exil, et passe la frontière belge avec un passeport au nom de Lanvin, ami de Juliette Drouet.
  • 13 décembreJuliette Drouet rejoint Hugo à Bruxelles en emportant la malle aux manuscrits.