« 31 janvier 1852 » [source : BnF, Mss, NAF 16370, f. 47 (verso)-48], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.8479, page consultée le 25 janvier 2026.
31 janvier, samedi après-midi, 3 h.
J’allais finir ce gribouillis hier, mon adoré bien-aimé, lorsqu’on est venu me
déranger. Aujourd’hui je ne cours pas ce risque car ces dames sont sorties et il est
probable que tu seras archi pris par les visiteurs jusqu’à ce soir. J’ai donc tout
le
temps de promener mes pattes de mouche sur le papier d’ici là. Aussi je vais mettre
du
noir sur du blanc en t’attendant car j’ai besoin d’épancher le trop plein de mon cœur
et de rattrapera tout le temps
perdu en baguenauderies de toutes sortes depuis deux jours.
Pauvre bien-aimé, il
pleut à verseb. Si je pensais que
Suzanne te trouve chez toi je t’enverrais
un parapluie mais je crains que tu ne croies que c’est une manière de te surveiller.
Je suis fort embarrassée. Cependant il serait stupide de te faire mouiller jusqu’aux
os. Décidément j’y envoie Suzanne. Tant pire1 pour vous si vous vous méprenez
sur ma sollicitude. D’ailleurs, je ne suis pas fâchée chemin faisant de savoir ce
que
vous faites et avec qui vous faites. Taisez-vous, cher scélérat, et aimez-moi tout
ce
que vous pourrez m’aimer ce ne sera jamais trop ce ne sera même jamais assez pour
tout
l’amour que j’ai pour vous. Ceci est la plus grande vérité qui ait jamais existé.
Juliette
1 Usage correct au XIXe siècle.
a « rattrapper ».
b « averse ».
« 31 janvier 1852 » [source : BnF, Mss, NAF 16370, f. 49-50], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.8479, page consultée le 25 janvier 2026.
Bruxelles, 31 janvier 1852, samedi après-midi, 3 h. ½
Cher bien-aimé, j’aime ce temps pour l’harmonie qu’il a avec la tristesse de mon âme.
Je lui en aurais voulu d’être gai et heureux le jour où nous nous séparons Dieu sait
pour combien de temps. Ce n’est pas que je ne sois très reconnaissante des trois
semaines de parfait bonheur que la providence m’a données, mais j’aurais eu encore
bien besoin de trois autres semaines de bonnes nuits et de douces soirées pour me
remettre en bonne santé de corps et de cœur. Je ne murmure pas mon Victor, je regrette
notre ineffable intimité et je te bénis de toutes les forces de mon âme.
Ton
Charles ne peut plus tarder beaucoup à
venir maintenant, mon bon petit homme, aussi je reconnais que tu ne peux plus
t’absenter la nuit de chez toi, pauvre adoré. Tous les sacrifices qu’il faudra faire
dans l’intérêt de ta chère famille, dans celui de ton repos et de ta dignité je les
accepte tous d’avance sûre que je suis de trouver dans mon amour et dans mon
dévouement la force et la la résignation nécessaires.
Voici Suzanne qui revient et qui ne t’a pas trouvé.
J’espère que les personnes chez lesquelles tu es te prêteront un parapluie pour
revenir. J’espère encore que nous pourrons dîner ensemble ce soir à moins que ton
Charles n’arrive par le convoi de 5 h. Enfin, mon pauvre bien-aimé je recevrai avec
reconnaissance et avec bonheur tous les pauvres petits moments que tu pourras me
donner maintenant. En attendant je cherche des forces et du courage dans le souvenir
de notre bonheur passé et je t’adore de toutes les puissances de mon âme.
Juliette
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle accompagne Hugo en exil, en Belgique d’abord, à Jersey ensuite.
- 5 janvierHugo s’installe au 16 de la Grand’Place à Bruxelles. Juliette habite chez ses amis Luthereau, galerie des Princes, 11 bis passage Saint-Hubert.
- 1er févrierHugo s’installe au 27 de la Grand’Place.
Charles, puis François Victor, rejoignent leur père. - 19 avrilMenacé d’expulsion, Hugo prend la décision de s’exiler à Jersey.
- 8-9 juinVente du mobilier parisien de Hugo.
- 31 juilletLa femme de Hugo, sa fille et Auguste Vacquerie arrivent à Jersey.
- 1er aoûtEmbarquement à Anvers de Hugo, son fils Charles et Juliette Drouet, pour Jersey, via Londres.
- 5 aoûtNapoléon-le-Petit publié à Bruxelles. Hugo, accompagné de son fils Charles et de Juliette, arrive en exil à Jersey.
- 5 aoûtJuliette Drouet loge à l’hôtel du Commerce, puis à Nelson Hall, puis à l’Inn Richland, au Hâvre-des-Pas.
- 16 aoûtHugo s’installe à Marine-Terrace avec les siens.
