« 30 octobre 1845 » [source : BnF, Mss, NAF 16361, f. 99-100], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12240, page consultée le 24 janvier 2026.
30 octobre [1845], jeudi matin, 8 h. ¾
Bonjour, mon petit bien-aimé, bonjour, mon Victor chéri, bonjour, toi,
comment allez-vous ? J’ai si froid que je ne peux pas tenir ma plume.
Cependant il fait bien beau temps, cela tient à la chambre. Même en été,
cette chambre, qui est au midi, est
horriblement fraîche. Cela tient peut-être au rez-de-chaussée. Quand
j’aurai MA MAISON des Metz, je m’arrangerai de manière à avoir toujours
chaud. Hélas ! je ne me figure que je puisse jamais être PROPRIÉTAIRE de
quoi que ce soit. Je n’ai pas arrangé ma vie pour cela, aussi je n’y
compte pas1.
D’ailleurs il me faudrait avoir ma fille auprès de moi, ce qui n’est pas
possible dans tous les cas. Cela n’empêche pas de faire des projets, AU
CONTRAIRE, et de se dire plusieurs fois par jour : – QUI SAIT L’HASARD ?
Jour, Toto, jour, mon cher petit
o. Il me semble que tu m’as permis d’aller voir ma fille ? Cependant
je n’irai pas que je ne t’aie revu pour savoir si tu le veux et convenir
de l’heure de l’allera
et celle du retour. Je compte écrire tantôt à Mme Luthereau et à
Brest. Et la COPIE ? Il faut convenir que je suis une vieille flâneuse
et une vieille paresseuse. [illis.] ça n’est pas de vous tous ces petits
gribouillis que je copie, je n’y ai aucun INTÉRÊT, si ce n’est de vous
rendre service dans un temps donné. C’est quelque chose, j’en conviens,
mais ce n’est pas autant que de copier en lisant les admirables choses
que vous écrivez. Et puis battez-moi si vous voulez, je ne vous
aimeraib que
plus.
Juliette
1 Après leur pèlerinage à la maison des Metz le 26 septembre 1845, Victor Hugo proposa à Juliette Drouet d’acheter cette maison où elle séjourna plusieurs semaines en 1834 et 1835. Mais elle refusa et le projet n’aboutit jamais.
a « l’allée ».
b « l’allée ».
« 30 octobre 1845 » [source : BnF, Mss, NAF 16361, f. 101-102], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12240, page consultée le 24 janvier 2026.
30 octobre [1845], jeudi soir, 5 h. ¾
Je suis revenue à cinq heures précises à ma pendule, mon cher petit
bien-aimé, mais je suis partie un peu plus tard de chez moi parce que
les cacaotiers1 sont venus à 1 h. et que j’ai voulu surveiller leur ouvrage jusqu’à la fin. De plus, la pendule de
la salle à manger s’était arrêtée sur 2 h. moins 20 minutes, ce qui m’a
trompée et ce qui est cause que je ne suis sortie de la maison qu’à
2 h. ½ passées. Je suis restée moins de temps avec Claire afin de ne pas revenir plus
tard que je ne te l’avais promis. Je n’ai fait qu’entrevoir Mme Marre mais je suppose que si elle avait eu quelque chose
de nouveau à me dire de ma fille, elle m’aurait parlé.
Cher adoré
bien-aimé, j’ai eu beau regarder de tous mes yeux pour voir si tu venais
au-devant de moi, je n’ai rien vu. Tu as été sans doute à l’Académie
aujourd’hui ? Ou, ce qui est plus vraisemblable encore, tu seras
sortia
avec toutes ces dames ? Enfin, que ce soit une raison ou l’autre, je ne
t’ai pas vu, voilà ce qui n’est que trop sûr. Je vous ai trouvé bien
beau ce matin. Cela m’a mis martel en tête. Il faudra que je vous
surveille de près. Vous voici prévenu, prenez garde à vous. En
attendant, vous devriez bien venir, car j’ai encore plus faim et plus
soif de vous que de mon dîner, quoique j’aie une faim et une soif
d’enragée. Pourquoi ne venez-vous pas, méchant homme ? Qu’est-ce qui
vous retient à cette heure-ci ? Si je pouvais aller vous chercher, comme
vous seriez bien vite ici.
Juliette
1 À élucider.
a « tu seras sortie ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle déménage dans une jolie petite maison avec jardin, et Hugo (moins jaloux car infidèle) relâche la surveillance étroite qu’il exerçait sur elle.
- 10 févrierJuliette déménage du 14 au 12, rue Sainte-Anastase.
- 1er marsHugo vient dîner pour la première fois dans son nouveau logement.
- 25 marsMort de M. Foucher, beau-père de Victor Hugo.
- AvrilVictor Hugo accorde à Juliette le droit de sortir seule.
- 13 avrilHugo nommé Pair de France.
- 2 juilletHugo surpris avec Léonie en flagrant délit d’adultère dans leur chambre du passage Saint-Roch, par M. Biard et la police. Juliette n’en saura rien, malgré le scandale dans les journaux.
- 8-10 septembreEscapade de Hugo, peut-être avec Léonie Biard, près de Montfermeil.
- 26 septembrePèlerinage de Juliette et Victor Hugo aux Metz.
