« 20 novembre 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16357, f. 71-72], transcr. Yves Debroise, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5997, page consultée le 24 janvier 2026.
20 novembre [1844] mercredi matin, 10 h.
Bonjour mon Toto chéri, bonjour mon Toto adoré, bonjour mon cher bien-aimé. Bonjour
mon cher amour, je t’aime. Je me suis aperçuea quand tu as été parti que j’avais oublié de te donner du papier.
Pourvu que tu n’en aies pas eu besoin et que cela ne t’ait pas gêné ? Je ne pense
jamais aux choses que quand il n’est plus temps mais je sais très bien faire les pâtés, témoin celui-ci-dessus. J’espère qu’il est de
taille…Voilà ce que je sais faire, mais les choses utiles, non. Cependant je sais
bien
vous aimer et mieux que personne ne pourrait le faire. Ceci n’est ni un pâté ni une brioche, c’est du bel et bon amour dans lequel
vous pouvez mordre hardiment sans craindre de le trouver
rance ou rassis.
Je ne veux pas t’empêcher de te
reposer, mon cher amour adoré, et de faire tes devoirs envers le monde. Ainsi ne te
prive pas d’aller chez Mme de Girardin quand tu te trouveras aux Champs-Élysées et que tu te
sentiras le besoin d’y aller. Je reconnais que j’ai été parfaitement bête et
supérieurement stupide hier en te demandant de n’y pas aller. Pauvre cher ange adoré,
pardonne-moi. À force de t’aimer, je deviens féroce. Je m’en aperçois quand je te
fais
des scènes injustes. Il vaudrait mieux que je m’en aperçusse avant, cela aurait moins
d’inconvénients. Je fais cependant tous mes efforts pour ne pas te tourmenter, tu
sais
comme j’y parviens. Enfin la bonne volonté doit m’être comptée car elle me coûte déjà
beaucoup. Toi tu es la douceur, la bonté, la générosité, l’indulgence, la noblesse,
la
grandeur, la beauté divine et l’homme sublime que j’aime, que je vénère, que j’admire
et que j’adore. Je baise tes chers petits pieds. Je t’attends et je te désire de toute
mon âme.
Juliette
a « aperçu ».
« 20 novembre 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16357, f. 73-74], transcr. Yves Debroise, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5997, page consultée le 24 janvier 2026.
20 novembre [1844], mercredi soir, 7 h. ¾
J’allais t’écrire mon bien-aimé, quand tu es venu. Seulement tu n’es pas resté assez longtemps. Tu ne restesa jamais assez longtemps en supposant même que tu ne quittes pas ma maison soir et matin, nuit et jour, ce ne serait pas encore assezlongtemps. Je voudrais pourtant bien te dire quelque chose de nouveau. Je sens que je suis aussi amusante qu’une cloche et cela m’ennuie et me fatigue pour toi. J’ai beau chercher je ne trouve rien que mon éternel refrain de tous les jours et de tous les instants. Pour moi qui l’aime cela me fait plaisir mais pour toi cela peut te sembler monotone au dernier point. Mais qu’y faire mon pauvre bien-aimé ? Je n’en sais rien. Et comme il faut que je remplisse cette feuille de papier je ne peux le faire qu’avec ce que j’ai dans le cœur, ça n’est pas ma faute. Je me suis assurée aujourd’hui que vous ne sentiez1 presque plus ; aussi demain je vous réintègre sur votre piédestal pour n’en plus bouger. Ô si je pouvais en faire autant de l’autre VOUS, comme je vous mettrais et comme je vous garderais dans un bon petit endroit dont vous ne pourriez plus sortir. Vous auriez beau dire « Juju je vais revenir tout de suite », Juju ne vous écouteraitb pas et vous seriez forcé de ne pas me quitter. Malheureusement ce n’est pas le plus meilleur que je tiens sous clef, c’est ce qui me défrise. Cependant il est bien gentil mais il n’est pas en BEAU voilà son défaut. Enfin tel qu’il est il me plaît et je le garde, ne pouvant pas en garder un plus ORIGINAL. Baisez-moi vilain VACABOND et dépêchez-vous à revenir bien vite ou j’irai vous chercher.
Juliette
1 Dans sa lettre du 12 novembre au soir Juliette écrivait : « Je m’aperçois que votre ravissant petit buste m’empoisonne il va falloir que je le mette à la porte pendant quelques jours si je ne veux pas mourir asphyxiée. Cela me vexe mais je sens qu’il le faut. »
a « reste ».
b « écouterais ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle s’ennuie, et commence à se plaindre de voir Hugo moins souvent, sans savoir qu’il a entamé une liaison passionnée avec une autre femme.
- Début octobrePetit voyage avec Hugo.
