« 7 août 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16356, f. 25-26], transcr. Caroline Lucas, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5456, page consultée le 24 janvier 2026.
7 août [1844], mercredi matin, 11 h. ½
Bonjour, mon cher petit bien-aimé, bonjour mon cher amour, bonjour mavie, bonjour
ma
joie. Comment vas-tu mon pauvre adoré ? Je n’oublie pas que c’est ce matin que notre
cher petit Toto1 compose pour le concours2. Si
le bon Dieu est juste et les examinateurs aussi, ils lui doivent une fameuse
compensation pour le tour de passe-passe de l’autre fois et pour son année toute
entière de travail et de courage. Hum ! Si j’étais le hasard, comme je choisirais
mon
monde et comme je ferais de la justice distributive. Des couronnes à celui-ci et des
coups de pied dans le [Dessina] à
celui-là. Malheureusement je ne suis qu’une pauvre Juju bien bête et bien stupide.
J’attends avec impatience que tu viennes pour te baiser et pour te caresser sur
toutes les coutures, et puis pour savoir si notre pauvre [illis.] a réussi dans sa
composition. Dépêche-toi de venir, mon bien-aimé adoré. Jour Toto, jour mon cher petit o. Je vous aime.
Mon propriétaire me fait faire des volets neufs tout à
l’heure. On demandait ta clef pour savoir si la serrure n’était pas dérangée. Si tu
viens assez à temps pour la donner, tant mieux, pour la serrure et la clef, et surtout
tant mieux pour moi qui te verrai. En attendant, j’attends
et je t’aime de toute mon âme. Quand te verrai-je mon adoré ? Je suis bien, bien,
bien
pressée.
Juliette
1 On ignore de quel concours il s’agit. Juliette surnomme habituellement François-Victor Hugo « petit Toto » ou « Toto second ». Quatre ans plus tôt, Charles Hugo avait été primé au concours général en thème latin.
2 À élucider.
a Le mot
est volontairement omis. À sa place, le manuscrit comporte un dessin représentant
deux personnages dont l’un semble effectivement donner un coup de pied dans le
postérieur de l’autre :

« 7 août 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16356, f. 27-28], transcr. Caroline Lucas, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5456, page consultée le 24 janvier 2026.
7 août [1844], mercredi soir, 5 h. ¼
Je t’attends, mon cher petit bien-aimé, n’oublie pas ça, et tâche de venir bien vite.
On ne m’a pas encore rendu ta clef et la mère Luthereau n’est pas venue chercher ses lettres. J’ai mis ma robe noire
pour être prête à sortir dans le cas où tu pourrais venir me chercher. Car ce qui
m’empêche le plus souvent de profiter des rares occasions que tu m’offres c’est la
nécessité de m’habiller. Aujourd’hui, j’ai pris mes précautions avec la ferme
persuasion, cependant, qu’elles ne serviront à rien. Mais enfin, je les ai prises,
voilà tout. Tu es dans ton droit de me faire attendre six semaines la sortie que j’ai
été assez imprudente de refuser hier. Je le reconnais hautement et je me déclare
d’avance satisfaite.
Mon Dieu que je voudrais donc connaître le résultat de la
composition de ce pauvre petit Toto1. J’y pense sans cesse. Pauvre petit bien-aimé, qu’est-ce que je ne
donnerais pas pour lui faire avoir un premier prix ! Tant
que je ne t’aurai pas vu, je serai comme un rat empoisonné à l’endroit de ce pauvre
petit [illis.]. Dépêchez-vous donc de venir, vous, vilain flâneur.
Tu as bien
fait, mon adoré, pour toi et pour moi, de refuser l’invitation de M. de Beauvoir. Pour toi parce qu’il ne me semble pas
convenable que tu mordes au même biftecka que M. [Salle ?/ Solle ?]2 et autre chien galeux. Pour moi, parce que je
ne pourrais pas digérer la pensée que tu trinques à même Mlle Doze. Merci donc, mon
adoré, d’avoir refusé cette invitation saugrenue. Tu ne pouvais pas me rendre un plus
grand service. Je te baise mille millions de fois.
Juliette
1 Il s’agit de François-Victor Hugo. S’agit-il du concours général ?
2 À identifier.
a « biffeteck ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle s’ennuie, et commence à se plaindre de voir Hugo moins souvent, sans savoir qu’il a entamé une liaison passionnée avec une autre femme.
- Début octobrePetit voyage avec Hugo.
