« 6 novembre 1842 » [source : BnF, Mss, NAF 16350, f. 197-198], transcr. Laurie Mézeret, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11443, page consultée le 23 janvier 2026.
6 novembre [1842], dimanche matin, 8 h.
Bonjour, mon cher bien aimé. Bonjour je t’aime. Comment vas-tu ce matin ? Bien,
n’est-ce pas, mon adoré. Je l’espère, tu allais déjà mieux hier au soir.
J’attends ma fille. Justement la voici. Ce pauvre Lanvin a fait diligence. Il reviendra demain matin à huit heures la
reconduire à la pension. Je vais me laver tout à l’heure pour être prête n’importe
à
quelle heure tu viendras me chercher. Je vois le temps si beau que j’espère que notre
pauvre malade1 s’en
ressentira. Je voudrais déjà être auprès de lui. Cette pauvre Claire a les pieds si enflés qu’elle ne peut pas
marcher. Je ne sais pas comment elle fera pour se chausser. La pauvre enfant a les
pieds remplis d’engelures. Nous prendrons l’omnibus pour aller et venir si tu veux.
J’ai moi-même si mal à la tête que je ne sais pas comment je ferai pour aller. Mais
n’importe, si nous trouvons ce pauvre père et si le bon Dieu veut qu’il aille mieux.
J’ai hâte de te voir. J’ai hâte d’être auprès [de] lui. Je voudrais
vous avoir tous sous mes yeux, mes pauvres bons et doux amis, et vous soigner comme
je
vous aime.
Le pauvre Lanvin est toujours bien triste d’avoir perdu sa place. Il
n’a toujours reçu aucune nouvelle sur la cause de sa destitution. De ton côté,
Trébuchet ne t’en donne aucune et cela
reste une affaire incompréhensible pour ces pauvres gens. C’est une bien mauvaise
année pour tout le monde et je voudrais qu’elle fût finie à tout jamais.
Prends
soin de toi, mon adoré, pense à moi et aime moi. Je t’aime, moi, et jamais je ne te
quitte de la pensée. À tout à l’heure, mon adoré. Je vais me lever et m’habiller et
faire déjeuner ma Cocotte et ma Clairette. Elles sont toutes deux bien gentilles et
bien douces.
Juliette
1 L’oncle de Juliette, René-Henry Drouet, est gravement malade. Juliette, qui le chérit et l’appelle son père, a à cœur d’aller lui rendre visite régulièrement.
« 6 novembre 1842 » [source : BnF, Mss, NAF 16350, f. 199-200], transcr. Laurie Mézeret, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11443, page consultée le 23 janvier 2026.
6 novembre [1842], dimanche après-midi, 1 h. ¾
Voici l’heure, mon cher amour ; et nous sommes prêtes depuis longtempsa, à l’exception de Mme Ledon dont je me soucie peu. Couvre-toi bien, mon adoré, car il fait bien froid. J’espère que ton rhume va toujours de mieux en mieux. Je voudrais bien qu’il en fût de même pour ce pauvre bon père mais ça n’est pas probable, malheureusement. Dépêche-toi si tu peux, mon bien-aimé, tu dois comprendre mon impatience. Je ne sais pas pourquoi, je n’ai pas confiance en cette femme1. Si je me trompe, tant mieux. Il est toujours triste et lugubre de voir la rapacité veiller au lit d’un mourant. J’ai peur que tu ne puissesb pas venir aujourd’hui et Dieu sait si le pauvre malade vivra jusqu’à demain. Je compte les minutes en t’attendant, mon bien-aimé adoré. J’ai le sang à la tête, j’ai des éblouissements à chaque instant, j’ai les pieds à la glace, enfin, je suis très mal à mon aise. Je crains que tu n’aies repris du froid et que ton rhume n’ait repris son poste avec d’autant plus d’opiniâtreté. Enfin, mon pauvre ange, je suis toute douloureuse au dedans et au dehors. Je voudrais que tu viennes pour me guérir, me rassurer, et me consoler. Il est déjà bien bien tard. Bientôt il fera nuit et il n’est pas sûr cette fois qu’on me laisse entrer comme hier. Je t’aime, mon Victor bien aimé. Je t’aime de toute mon âme.
Juliette
1 L’oncle de Juliette s’est mis en ménage avec une dame Godefroy dès 1816, qui le soignera durant la fin de sa vie.
a « long temps ».
b « puisse ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
son père adoptif, l’oncle René-Henry Drouet, meurt hospitalisé aux Invalides.>.
- 12 et 28 janvierLe Rhin.
- Août-octobreVillégiature à Saint-Prix.
- 23 novembreMort de René-Henry Drouet, l’oncle de Juliette, hospitalisé aux Invalides.
