« 25 février 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16326, f. 137-138], transcr. André Maget, rév. Guy Rosa, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.716, page consultée le 24 janvier 2026.
25 février [1836], jeudi matin, midi ½
Bonjour, mon cher adoré, bonjour, mon cher petit homme. Je crois que le remède a
opéré. Il me semble qu’aux forces près, je vais mieux. Il est très probable qu’en
recommençant ce soir, je serai guérie demain matin.
Pauvre ange, je suis
toujours aussi triste qu’hier au soir, seulement j’ai l’espoir de te voir bientôt,
ce
qui m’empêche de pleurer comme cette nuit.
Je t’aime mon Victor chéri. Les mots
sont bien insuffisants pour le dire, mais je t’aime. Toute ma joie, tout mon bonheur,
toute ma santé, tout mon espoir et tout mon avenir sont dans toi. Aussi, quand tu
t’en
vas, je suis bien seule et bien triste, bien souffrante et bien découragée.
Il
fait bien noir et bien froid en ce moment, aussi ai-je renoncé à notre promenade,
à
mon regret puisque je pouvais espérer de te voir quelques heures plus tôt pour être
en
état de te suivre dans tes excursions. Je vais prendre quelque
nourriture afin de me rendre plus vite une gaillarde
et une Juju renforcée.
Voilà ce que c’est, je vous aime, je me lève sur mon
séant pour vous le dire bien haut et bien fort, je vous aime. Mon bonheur, ma santé
et
ma joie seraient de vous avoir là entre mes bras baisant vos lèvres fraîches et vos
yeux brillants et écoutant votre voix si merveilleuse disant des choses plus
merveilleuses encore.
Juliette
« 25 février 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16326, f. 139-140], transcr. André Maget, rév. Guy Rosa, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.716, page consultée le 24 janvier 2026.
25 février [1836], jeudi soir, 8 h. 10 m.
Avant tout, que je te dise que je t’aime, que ma vie est plus que jamais attachée
à
la tienne. Non, va, je ne peux pas mourir puisque tu m’aimes. Je ne peux pas mourir
puisque je te suis bonne à quelque chose. Jamais je ne te ferai ce chagrin-là. Depuis
tantôt, je ne peux plus mourir, que lorsque tu me chasseras de mon cœur. Vous voyez
bien que j’ai plus de chance D’IMMORTALITÉ que vous quoique je ne sois pas académicienne.
Bonjour, je t’aime. Si tu savais faire quelque chose de bien…… etc., tachez de n’être pas trop
longtemps à votre bal et à votre théâtre bourgeois, oh ! cte BALLE ! Je vous attends
pour me mettre tel emplâtre qu’il vous plaira de me mettre. Je vous assure que ma
marmotte n’a plus guère que mal aux pieds et dans ce cas là vous savez le remède
qu’indique la chanson1.
Bonsoir mon Toto, bonsoir mon cher petit homme, je suis très geaie parce que je crois que vous m’aimez cent et que
je suis sûre de vous aimer cent millions de fois plus.
Juliette
1 L’allusion renvoie sans doute à la chanson
qui suit, si populaire que de nombreuses autres chansons se chantaient sur son air :
La marmotte a mal aux pieds,
Faut lui faire un emplâtre !
La
marmotte a mal aux pieds,
Faut lui faire un emplâtre !
Quel emplâtre lui
ferons-nous ?
Un emplâtre de plâtre !
Savonnez ci, savonnez là !
Savonnez la marmotte !
Savonnez ci, savonnez là ! Savonnez la marmotte !
La marmotte a mal aux g’noux,
Faut lui faire un emplâtre !
La marmotte a
mal aux g’noux,
Faut lui faire un emplâtre !
Quel emplâtre lui
ferons-nous ?
Un emplâtre de plâtre !
Savonnez ci, savonnez là !
Savonnez la marmotte !
Savonnez ci, savonnez là ! Savonnez la marmotte !
La marmotte a mal au nez,
Faut lui faire un emplâtre !
La marmotte a mal
au nez,
Faut lui faire un emplâtre !
Quel emplâtre lui ferons-nous ?
Un emplâtre de plâtre !
Savonnez ci, savonnez là ! Savonnez la
marmotte !
Savonnez ci, savonnez là ! Savonnez la marmotte !
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle refuse un engagement à la Porte-Saint-Antoine. Hugo l’emmène en voyage en Normandie et en Bretagne, où elle revoit Fougères, sa ville natale.
- JanvierElle refuse un engagement au Théâtre de la Porte-Saint-Antoine.
- 8 marsElle emménage au 14 rue Sainte-Anastase.
- 23 marsHugo donne une mèche de ses cheveux à Juliette.
- 26 marsReprise d’Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française. Marie Dorval joue la Tisbe, Mlle Volnys joue Catarina.
- 15 juin-21 juilletVoyage avec Hugo en Normandie. Le 22 juin, étape à Fougères où elle n’était pas revenue depuis l’enfance.
- 14 novembreLa Esmeralda à l’Opéra (musique de Louise Bertin, fille de Bertin aîné, sur un livret de Hugo).
- 8 décembreMort en bas âge de son neveu Michel-Ernest Koch.
