15 novembre 1835

« 15 novembre 1835 » [source : BnF, Mss, NAF 16325, f. 122-123], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9608, page consultée le 25 janvier 2026.

Bonjour, mon cher petit Toto bien aimé. Quoique vous ne soyez pas venu ni cette nuit ni ce matin, je ne vous en veux pas et j’espère que vous aurez mis à profit ce temps-là et que vous aurez pris un peu de repos dont vous aviez le plus grand besoin. Je voudrais bien savoir comment va votre petite gorge et comment le cher petit Toto-Victor Hugo a passé la nuit. Si vous pouviez m’entendre, je vous supplieraisa de venir ne fût-ceb qu’un tout petit moment pour me dire seulement comment vous vous trouvez tous les deux ce matin.
Moi, j’ai passé une nuit assez agitée. L’histoire du cauchemar m’avait émoustillée au point que le moindre bruit ou craquement des meubles me faisait trembler. Enfin de souleur en souleur1, de rêve en rêve, j’ai gagné le jour. J’ai ouvert mes volets à 7 h. ¼. J’ai lu un peu, ensuite je me suis endormie d’un sommeil paisible jusqu’à 10 h. ¼. Voilà comment j’ai employé ma nuit en vous attendant. Je me trouve ce matin assez bien portante et vous aimant de toute mon âme.
Je suis triste parce que je sens plus vivement que jamais le besoin de te voir, mon cher petit homme adoré, et que je crains de ne pas te voir avant le soir. Ô, tâche de venir une minute seulement, le temps de voir ta belle figure au jour, le temps de t’embrasser, le temps de te dire combien je t’aime, le temps de te demander si tu m’aimes. Tout cela prendrait le temps de la vie mais on peut l’abréger.
Viens je t’en prie.

J.


Notes

1 Souleur : Frayeur subite, saisissement, serrement de cœur (Trésor de la Langue française).

Notes manuscriptologiques

a « suplierais ».

b « ne fusse ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle regrette de ne pas jouer le rôle de la courtisane Tisbe, où elle se reconnaît, dans Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française, mais se voit célébrée dans plusieurs poèmes du recueil Les Chants du crépuscule.

  • 28 avrilPremière d’Angelo tyran de Padoue.
  • 25 juillet-22 aoûtVoyage avec Hugo en Normandie et en Picardie.
  • 9 septembre-13 octobreTandis que Hugo séjourne aux Roches, chez les Bertin (du 10 septembre au 12 octobre), Juliette habite encore la petite maison des Metz.
  • 17 octobreLes Chants du crépuscule.
  • 15 novembreNaissance de (Jean-)Louis et Michel-Ernest Koch, neveux de Juliette Drouet.