« 4 février 1852 » [source : BnF, Mss, NAF 16370, f. 57-58], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.8658, page consultée le 24 janvier 2026.
Bruxelles, 4 février 1852, mercredi soir, 5 h.
Merci, mon pauvre bien-aimé, merci d’être venu malgré ce hideux temps, malgré surtout
la présence de ton Charles dont tu dois te
séparer à grand regret après une si grande privation de le voir. Merci de ta loyauté,
merci de ta confiance, merci tu es un bon et honnête petit homme que j’aime de toutes
les forces de mon âme. Pour te prouver à quel point ta franchise est sans danger pour
nous, mon Victor trop aimé, je te souris même à travers la triste et longue soirée
qui
se prépare pour moi. La pensée que tu es heureux, la certitude que tu ne me trompes
pas me donne le courage de me résigner à mon pauvre sort d’abandonnée. Cependant il
faudra bien que tu me donnes aussi un peu de bonheur de temps en temps si tu ne veux
pas que je finisse comme un certain cheval qu’on avait habitué à ne plus manger du
tout. En attendant je fais bonne contenance vis-à-vis tout le monde et j’ai l’air
pas
trop piteux pour ma position. C’est tout ce que je peux faire. Le RESTE ne me regarde
pas.
Je t’écris presque à tâtons parce que je suis restée assez longtemps auprès
de cette pauvre fille qui a eu une espèce d’attaque d’épilepsie. Heureusement c’est
passé maintenant. On a pu la coucher et je pense que cela ne sera rien s’il n’y a
pas
d’autre cause à son mal.
Mon Victor, je ne veux pas terminer ma lettre tristement
même par sentiment de pitié pour cette pauvre créature. Je veux te sourire et te
baiser de l’âme pour que rien ne trouble ton bonheur. Si tu peux revenir ce soir je
serai mille fois plus heureuse. Si tu ne le peux pas et si tu me regrettes, si tu
me
plains et si tu m’aimes je me résigne et je suis heureuse tout de même.
Juliette
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle accompagne Hugo en exil, en Belgique d’abord, à Jersey ensuite.
- 5 janvierHugo s’installe au 16 de la Grand’Place à Bruxelles. Juliette habite chez ses amis Luthereau, galerie des Princes, 11 bis passage Saint-Hubert.
- 1er févrierHugo s’installe au 27 de la Grand’Place.
Charles, puis François Victor, rejoignent leur père. - 19 avrilMenacé d’expulsion, Hugo prend la décision de s’exiler à Jersey.
- 8-9 juinVente du mobilier parisien de Hugo.
- 31 juilletLa femme de Hugo, sa fille et Auguste Vacquerie arrivent à Jersey.
- 1er aoûtEmbarquement à Anvers de Hugo, son fils Charles et Juliette Drouet, pour Jersey, via Londres.
- 5 aoûtNapoléon-le-Petit publié à Bruxelles. Hugo, accompagné de son fils Charles et de Juliette, arrive en exil à Jersey.
- 5 aoûtJuliette Drouet loge à l’hôtel du Commerce, puis à Nelson Hall, puis à l’Inn Richland, au Hâvre-des-Pas.
- 16 aoûtHugo s’installe à Marine-Terrace avec les siens.
