« 3 juillet 1849 » [source : Leeds, BC MS 19c Drouet/1849/52], transcr. Véronique Heute, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12327, page consultée le 06 août 2026.
3 juillet [1849], mardi matin, 7 h.
Bonjour, mon rayonnant bien-aimé, bonjour tout ce qui me plaît, tout ce qui me charme, tout ce qui me séduit, m’enchante, m’enivre et m’éblouit. Bonjour, tout ce que j’aime, tout ce que j’admire et que j’adore, bonjour. Je voudrais être l’air qui baise ton beau petit corps, le chant de l’oiseau que tu écoutes, le parfum de la fleur que tu respires, le rayon de soleil que tu admires, la pensée qui t’occupe, le divin esprit qui t’inspire, la région sublime qui t’attire. Je voudrais être tout en toi comme je suis toute à toi. Je voudrais te plaire et être aimée de toi comme tu l’es par moi, ambition impossible à satisfaire, rêve impossible à réaliser, bonheur qui rendrait le bon Dieu jaloux et le Paradis maussade.
Comment vas-tu, mon doux adoré ? À quelle heure es-tu rentré cette nuit de ce banquet de gribouilleurs ? Quant à moi, après avoir fait souper mes deux vieilles saintes filles1, j’ai été les conduire jusqu’à l’omnibus place Cadet. Il n’était pas encore nuit close. Puis j’ai fait mes trente-six tours2 et je me suis couchée en pensant à vous et en vous souhaitant toutes sortes de bonnes goinfreries dont vous êtes très digne. Puis j’ai passé presque toute ma nuit à écouter de force les affreux aboiements d’un gros chien qu’on a eu l’ingénieuse idéea d’enfermer dans l’enclos en face. Aussi ce matin je suis aplatieb par l’insomnie. Pour me tonifierc je me trempe dans des torrents de tendresse et d’amour.
Juliette
1 Très vraisemblablement Julie et Louise Rivière.
2 « Faire ses quinze tours » : faire mille choses inutiles. (Littré).
a « hidée ».
b « applatie ».
c « tonnifier ».
« 3 juillet 1849 » [source : MVHP, Ms a8240], transcr. Joëlle Roubine et Michèle Bertaux, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12327, page consultée le 06 août 2026.
3 juillet [1849], mardi matin, 10 h. ½
À t’en croire, mon bien-aimé, tu dois être parti déjà ; mais, moi qui saisa par expérience combien ces projets matineux ou matinaux sont difficiles à mettre à exécution, je te crois encore chez toi et je suis sûre que tu n’en sortiras que pour aller à l’Assemblée à deux ou trois heures. Dans ce cas-là, mon cher petit homme, vous seriez bien gentil de venir m’en donner avis afin que je vous attende chez moi au lieu d’aller traîner mes guêtres et mon impatience à l’exposition. Cependant, si je ne te vois pas d’ici à l h., j’irai à cette susdite exposition tout à fait au hasard car je ne sais pas quels sont les heures et les jours publics. Je viens d’écrire à Eulalie de m’envoyer une petite note sur la Notre-Dame de ce pauvre bonhomme1 en lui faisant espérer une mention honorable dans le compte rendu de l’exposition de l’industrie. Grâce à toi ce pauvre homme ruiné, et rongé de chagrin, aura un rayon de joie, un éclair de bonheur ; sois béni, mon adoré, pour tout le bien que tu fais. Je te dirai ce que ton charmant fils toto disait de la petite chienne d’Eugénie ; tu es bon comme si tu n’étais pas le plus beau des hommes, tu es beau comme si tu n’en étais pas le meilleur et le plus sublime. Tu cumules toutes les adorables perfections dans deux des infractions à divers articles de la constitution qui s’opposent à tous les cumuls. C’est d’un bien mauvais exemple pour un représentant de cent dix-sept mille hommes. C’est moi qui vous le dis.
Juju
a « sait ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
Hugo est élu à l’Assemblée Législative. Le choléra sévit à Paris. Elle accueille pour la première fois sa sœur, son beau-frère et son neveu venus visiter Paris.
- 13 maiHugo élu à l’Assemblée législative.
- 9 juilletDiscours de Hugo sur la misère.
- AoûtSéjour à Paris de sa sœur, son beau-frère et son neveu.
- 8-17 septembreVoyage avec Hugo en Normandie.
