« 22 octobre 1835 » [source : BnF, Mss, NAF 16325, f. 31-32.], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9572, page consultée le 24 janvier 2026.
22 octobre [1835], jeudi matin, 9 h. ½
Bonjour, mon cher petit Toto. Qu’est-ce qui vous retient encore, que vous ne venez
pas comme vous me l’aviez promis hier au soir ? Est-ce qu’à l’exemple du soleil, des
étoiles, des comètes et de la terre1, vous vous refroidissez pour votre
Juju ? Est-ce que votre amour est déjà couvert d’une scorie assez épaisse pour qu’il
ne passe plus à travers le moindre petit trou un peu de cette réverbération de votre
grande flamme d’autrefois ? Si cela était, ma fin serait bien prochaine car à
l’exemple de notre monde, je ne vis, ne m’échauffe et ne m’éclaire qu’à votre soleil.
Aussi, et pour finir la comparaison, depuis que vous vous éclipsez, je suis dans
un très grand noir et j’ai très froid.
Mon cher petit homme, j’ai passéa une assez mauvaise nuit car dans
tous les rêves que j’ai faits, vous étiez très méchant pour moi. Aussi je suis ce
matin triste et mal à mon aise et ornée d’un des plus rares maux de têteb qui se puisse trouver sous
n’importe quelle calottec,
fût-ced même celle du ciel.
Je
suis encore dans mon lit, attendant qu’il te plaise de venir me voir sous un prétexte
ou sous un autre car depuis huit jours, c’est à peine si je t’ai vu en tout trois
quarts d’heure. Aussi je suis geaie comme un corbeau mais je t’aime.
J.
1 Hugo s’intéresse à la comète de Halley, attraction de l’automne 1835.
a « j’ai passée ».
b « mal de tête ».
c « calote ».
d « fusse ».
« 22 octobre 1835 » [source : BnF, Mss, NAF 16325, f. 33-34], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9572, page consultée le 24 janvier 2026.
22 octobre [1835], jeudi soir, 9 h.
Je t’écris, mon cher bien-aimé, ayant encore Mme Lanvin à côté de moi. Je t’écris
parce que l’amour me déborde, que je ne sais où le mettre. Je vais tâcher d’en mettre
le plus que je pourrai sur ce papier. Ce sera toujours ça de plus dans mon cœur car
plus j’en ôte et plus il en revient.
Mon cher petit homme, tu as été ravissant
tout aujourd’hui. Tu as été bon, tu as été tout ce que tu es tous les jours, l’homme
le plus aimé et le plus adoré.
Voici déjà que la soirée s’avance et il me paraît
très probable que tu ne viendras pas encore ce soir trouvera ta Juju au
gîte. Je n’en murmure pas mais j’aimerais mieux que tu vinsses tréteauxb et que tu t’en ailles très tard.
Je ne me suis pas encore débarbouillée
aujourd’hui mais aussitôt que MmeLanvin sera partiec, je me mettrai à ma toilette et je serai
sous les armes prête à vous recevoir avec honneur et estime si vous venez. Voici qu’on
vient chercher MmeLanvin. Ce n’est pas cela qui me fait cesser
de t’écrire mais l’espace. Heureusement qu’il reste encore assez de papier pour vous
dire tout ce que j’ai dans le cœur.
Je t’aime.
a « trouvé ».
b « trétaux ».
c « parti ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle regrette de ne pas jouer le rôle de la courtisane Tisbe, où elle se reconnaît, dans Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française, mais se voit célébrée dans plusieurs poèmes du recueil Les Chants du crépuscule.
- 28 avrilPremière d’Angelo tyran de Padoue.
- 25 juillet-22 aoûtVoyage avec Hugo en Normandie et en Picardie.
- 9 septembre-13 octobreTandis que Hugo séjourne aux Roches, chez les Bertin (du 10 septembre au 12 octobre), Juliette habite encore la petite maison des Metz.
- 17 octobreLes Chants du crépuscule.
- 15 novembreNaissance de (Jean-)Louis et Michel-Ernest Koch, neveux de Juliette Drouet.
