« 29 mai 1847 » [source : MVH, Mss, α 7916], transcr. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.2259, page consultée le 24 janvier 2026.
29 mai [1847] samedi matin 8h. ½
Bonjour, mon Toto, bonjour, mon amour, bonjour, ma joie et mon bonheur, bonjour. Je
vous donne des arrhes comme vous voyez[Dessina], je ne veux pas que vous disiez que je n’ai pas eu
confiance en vous. Maintenant je vous donnerai mon encrier et mon plateau quand vous
me donnerez votre bonhomme1. Comment
vas-tu mon Toto ? L’orage ne t’a pas empêché de dormir ? Tu es trop fatigué de la
journée, toi, pour t’arrêter à si peu de choses. Moi c’est différent : il m’a été
impossible de me rendormir, si ce n’est vers le matin très tard. Déjà la chaleur
m’accable. Je ne sais pas comment je ferai pour passer cette journée sans mal de tête.
Décidément je n’aime pas la chaleur. Je laisse ce goût aux lézards, aux poètes, aux
vers à soie et aux Pairs de France. Baisez-moi, mon bon petit homme et tâchez de ne
pas me faire tirer une langue de quinze jours pour ce malheureux petit dessin. C’est
bien le moins qu’en échange de ma confiance vous m’apportiez votre gribouillis tout
de
suite.
Je vais écrire à Mme Triger pour m’excuser et pour lui faire prendre
patience car je lui avais promis que ce serait pour hier ou aujourd’hui au plus tard
que nous irions à ce fameux théâtre. Grâce à votre princesse, Dieu sait maintenant
quand nous pourrons y aller. C’est fort amusant. Voime,
voime, taisez-vous et baisez-moi à mort.
Juliette
1 Allusion probable au dessin dont il est question les jours qui précèdent.
a Victor et elle jouant aux dames.

« 29 mai 1847 » [source : MVH, Mss, α 8383], transcr. Nicole Savy, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.2259, page consultée le 24 janvier 2026.
29 mai [1847] samedi soir, 10 h.
Quelque fatiguée que je sois, je ne me coucherai certainement pas sans te faire un peu de style illustré. Juju admirant son thé noir devant Toto et ne voulant pas le jouer aux dames[Dessina]. Ce dessin n’a pas besoin de commentaires, il parle assez de lui-même. Quand vous en ferez de pareils je vous donnerai mon Chinois1. Mais en vous faisant cette promesse je ne m’engage pas beaucoup, modestie à part, car je connais mon talent. Cependant il vous est permis d’essayer mais je vous préviens d’avance, toute bonne foi gardée, que je serai très difficile. MES MOYENS ME LE PERMETTENT.
Vous êtes bien gentil d’être revenu ce soir me surprendre en tête à tête avec Louise2, vous l’auriez été encore davantage si vous étiez resté parmi nous un peu plus de temps qu’un éclair. Quoiqu’il [en] soit je vous en suis très reconnaissante et je vous aimerais encore davantage si la chose était possible.
Cher adoré bien-aimé, mon amour, mon doux homme, mon grand Victor, mon ravissant Toto, mon divin amant je t’aime plus que plein mon cœur et plein mon âme et je te baise à corps perdu à tort et à travers.
Juliette
1 Vraisemblablement un encrier en forme de personnage chinois.
2 Louise Rivière.
a Grand dessin qui couvre presque la totalité de la page.

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle écrit ses mémoires de couvent pour documenter l’épisode du Petit-Picpus dans Les Misérables.
- 23 janvierPremière de la reprise de Lucrèce Borgia à la Porte-Saint-Martin.
- 21 juinElle assiste avec Hugo à la messe à Saint-Mandé, pour le premier anniversaire de la mort de Claire.
- Août-septembreLiaison de Hugo avec Alice Ozy, qui est aussi la maîtresse de son fils Charles.
- 4 septembreLe corps de Claire Pradier est exhumé une seconde fois pour être placé dans un caveau au cimetière de Saint-Mandé.
- 7-9 septembreÀ la demande de Hugo qui s’en servira pour Les Misérables, Juliette écrit ses mémoires de couvent.
- 30 septembre-7 octobreVoyage en Normandie.
